La lettre que je vous écris est une lettre d'adieu et lorsqu'elle vous parviendra je serai probablement tombé sous les balles de l'ennemi. Mais, qu'importe, ne pleurez pas trop, ma mort sera bien peu de chose si elle peut contribuer à la victoire de mon pays. Mon seul regret aura été de mourir sans avoir pu jouir du beau spectacle de son triomphe.

Naturellement, ayant déjà perdu mon pauvre frère, ce sera pour vous et toute la famille une grande douleur; vous achèterez une petite couronne ou un rameau de laurier que vous mettrez sur la tombe de mon frère et vous lui direz un dernier adieu pour moi.

Embrassez bien mes soeurs et frères et beaux-frères s'ils reviennent sains et saufs. Dites-leur que si ma vie a été courte, mon rôle aura été suffisamment rempli, car j'aurai disparu au champ d'honneur sous les plis du drapeau, en faisant mon devoir de Français.

Chers parents, j'écris cette lettre avant de partir au feu, car probablement demain nous arriverons sur le champ de bataille. Et, avant d'y aller, j'ai voulu vous faire mes adieux; pour le moment, je suis en parfaite santé et désire qu'il en soit de même pour vous tous; vous donnerez le bonjour à Monsieur Jacques et vous lui ferez voir ma lettre. Je termine ma lettre en vous embrassant bien tous.

MARCELIN.

Lettre écrite par Etienne POTIER, tombé glorieusement dans les bois de l'Argonne, le 1er Octobre 1914.

1er Août 1914.

Cher Papa,

Comme vos autres fils, je pars à coup sûr pour me battre; je sais que vous pouvez compter qu'à l'exemple des vertus que vous nous avez appris à pratiquer, nous saurons les pratiquer à notre tour.

Merci mille fois de nous avoir élevés dans le sentiment du devoir. Je dois vous le dire en cette heure solennelle, tout ce que je suis, c'est à vous que je le dois, après Dieu, que vous nous avez appris en toutes circonstances à voir présider au destin des peuples et des familles.