Mes pauvres Parents,
Hier, dans la tranchée, on m'a apporté la lettre de papa m'apportant la terrible nouvelle. C'est bien triste de penser qu'il est parti pour toujours, mais c'est bien beau de songer qu'il est mort pour la Patrie, à son poste. C'est une belle mort pour un Français comme lui qui était soldat dans le fond de l'âme.
Dieu m'appellera peut-être aussi à lui comme Marcel, que sa volonté soit faite, je suis prêt à paraître devant lui. Depuis que nous sommes ici, nous côtoyons la mort: les cadavres encombrent les boyaux, les anciennes tranchées boches retournées par notre artillerie d'où s'exhale une odeur de cadavres en décomposition, les blessés râlent dans la plaine, demandant à boire ou appelant à leur secours leur mère ou leur femme, le tout couvert par les obus qui éclatent de tous côtés et les balles qui sifflent à nos oreilles: voilà le spectacle qui s'ouvre à nos yeux.
Quelle est ma destinée? je n'en sais rien, mais je jure, si Dieu me prête vie, de venger Marcel, après quoi qu'il fasse de moi ce qu'il voudra, si je dois y rester je mourrai content de l'avoir vengé. S'il m'arrivait malheur (il faut tout prévoir), ne me plaignez pas, car Dieu, dans sa miséricorde, nous réunira tous dans un lieu où ces cruelles séparations ne se produiront plus.
Bon courage, mes chers parents, priez pour lui, pour moi pendant les heures terribles que je vis par ici.
Recevez de votre fils qui vous aime de tout son coeur beaucoup de bons baisers.
Charles RAVINET.
Lettre écrite par le Caporal Robert RICAUX, 87e Régiment d'Infanterie, blessé mortellement le 8 Septembre 1914.
Septembre 1914.
Chère Mère,