Lorsque tu recevras cette lettre, je ne serai plus sur la terre, ce sera pour toi une émotion fort grande, mais, je t'en supplie, console-toi, dis-toi que j'ai fait mon devoir jusqu'au bout et que je suis resté un bon soldat.
Moi parti, il te reste papa; si nous sommes perdus tous les deux, tu dois vivre pour les autres et rendre aux malheureux ce que tu aurais pu faire pour nous.
Je suis convaincu que papa et toi avez fait votre devoir. Puisque mon corps ne te parviendra pas, va prier pour moi sur la tombe de grand'mère, ta voix montera vers moi.
L'on te fera parvenir, sans doute, en même temps que ma lettre, un petit carnet où est enregistrée l'histoire de la campagne, conserve-le en souvenir de moi et montre à tes amis les endroits par où j'ai passé.
Je tiendrais que tu ailles remercier l'amie Madame Médard, religieuse laïcisée de l'Institut Saint-Jean de Saint-Quentin, pour la médaille et l'encouragement qu'elle m'a donnés avant mon départ, ainsi que le prêtre qui s'est intéressé à moi.
Crois bien une chose, c'est que je suis mort en bon chrétien, non muni de l'absolution peut-être, mais n'ayant jamais oublié la prière du soir et pensant toujours à toi et à papa.
Je te dis un dernier adieu en t'embrassant bien fort ainsi que ceux qui restent.
Ton fils qui a toujours pensé à toi et à papa,
ROBERT.
Lettre écrite par Louis ROBBE, 217e Régiment d'Infanterie, tombé au champ d'honneur, le 30 Mai 1918, à Terdeghem, près Cassel.