Aux armées, le 12 Août 1917.

Bien chers Parents,

Si vous recevez cette lettre, c'est que je ne serai plus de ce monde. Oh! mes chers parents, croyez que je serai par la grâce de Dieu auprès de lui, et je vous supplie de ne pas pleurer sur moi, car, n'étant sur cette terre que pour gagner le ciel, qu'importe-t-il que ce soit tôt ou tard, et quelle belle occasion de passer dans l'éternité en combattant pour la France, qui a certainement commis bien des fautes, mais qui est malgré tout le royaume de la Sainte Vierge; quoi de plus beau que de mourir pour elle qui sert quand même la juste cause?

Je fais ici le sacrifice de ma vie au bon Dieu pour la France, si c'est sa volonté, et je pars avec le désir de faire tout mon devoir sans exposer ma vie inutilement, bien entendu, mais de servir entièrement mon pays et aussi je pars réconforté à la pensée que je vous défends vous-mêmes, mes chers parents.

Je vous demande bien pardon des peines que j'ai pu vous faire, et je vous remercie de tout mon coeur de ce que vous m'avez élevé dans notre religion et je demande au bon Dieu de vous bénir pour cela.

Je n'oublierai pas non plus de remercier de tout mon coeur Monsieur l'Abbé Perret, qui m'a instruit de ma religion et qui m'a fait tant de bien; Monsieur l'Abbé Amiot, qui a été pour moi un bon pasteur et qui a si bien continué l'oeuvre de l'Abbé Perret; mes oncles et tantes des Faittes, qui depuis mon plus jeune âge ont été pour moi des seconds pères et mères, et en général tous mes autres parents et amis qui m'ont fait du bien sur la terre; je me recommande aux prières de tous: j'en aurai tant besoin pour paraître devant le souverain juge.

Enfin, je termine, mes bien chers parents, en vous disant de croire que ma dernière pensée après Dieu sera pour vous crier un grand au revoir dans l'Eternité.

Votre LOUIS.

Lettre écrite par le Sous-Lieutenant Louis ROBIN, 76e Régiment d'Infanterie, blessé mortellement le 25 Septembre 1915.

Chère Soeurette,