Je t'écris à toi, car je te sais assez courageuse pour préparer papa et maman au cas où je resterais dans la fournaise. Si, dans une dizaine de jours, tu n'as rien reçu de moi, tu pourras dire adieu à ton grand frérot. Comme tu as dû t'en rendre compte, c'est le grand coup que l'on donne aux Boches et ce sera probablement la plus grande bataille des temps modernes sur un front de 800 kilomètres.

Que m'est-il réservé? Mystère. Le 76° est appelé à pénétrer un des premiers dans les pays envahis par les Boches. Tout le monde ici est plein d'espoir, ainsi que moi d'ailleurs, et je te recommande mes vieux parents, ma chère femme et surtout ton petit neveu.

Je termine en t'embrassant.

Ton frère,

LOUIS.

Lettre écrite par Pierre SAGOT, Sous-Lieutenant au 22e Bataillon de Chasseurs Alpins, mort glorieusement pour la France, le 3 Septembre 1914, en conduisant sa section à l'assaut de la Tête de Behouille (Vosges).

J'écris ce petit mot aujourd'hui 2 Septembre, ne connaissant pas le sort que Dieu me destine.

Quand vous recevrez cette lettre, bien chers parents, j'aurai donné ma vie pour la Patrie, je serai mort en pensant à vous, après avoir fait ma prière si Dieu m'en donne le temps! Vivez heureux malgré cette dure épreuve, reportez votre affection sur votre petit Roger. Dites à tous de bien aimer leur Patrie pour récompenser ceux qui sont morts pour elle. Dites à tous de vivre en chrétien, car on a besoin de Dieu au moment de mourir.

Adieu, bien chers parents, je vous bénis tous.

Votre PIERRE.