JEAN.
Lettre écrite par le Sous-Officier TOUSSAINT, 117e Régiment d'Infanterie, tombé au champ d'honneur le 22 Juillet 1916.
17 Juillet 1916.
Cher Monsieur Croland,
Ces lignes pour vous exprimer toute ma reconnaissance, toute ma gratitude, tout ce que je ressens de bons sentiments pour la constante bienveillance dont vous avez fait preuve envers moi toujours, en tout temps. Cher Monsieur Croland, je vais peut-être casser ma pipe, peut-être cette lettre est la dernière que vous recevrez de moi, car demain nous partons à V…, après un repos d'une huitaine. Le régiment a la mission de reprendre l'ouvrage de Th…, gagné et perdu plusieurs fois. C'est vous dire qu'il va faire chaud. Je ne me dissimule pas qu'il y a bien 90 chances sur 100 de n'en pas revenir, car on cite des bataillons qui furent entièrement décimés. Mais, quoi qu'il arrive, soyez persuadé, Monsieur Croland, que Toussaint cassera sa pipe très proprement. Tout ce que je souhaite est de ne pas être amoché avant d'avoir fait entrer Rosalie en danse. Le résiné, ça me connaît, vu que je suis boucher.
Je vous prie, Monsieur Croland, de dire à Monsieur Dauphin que je serai parti avec les bons souvenirs de satisfaction dus à sa grande amabilité et à la profonde amitié de son fils. Non pas adieu, mais au revoir.
TOUSSAINT.
Lettre écrite par le Sous-Lieutenant Gustave VEUILLET, 23e Régiment d'Infanterie, tombé au champ d'honneur, le 26 Août 1916, à Curlu (Somme).
Ma chère Maman,
Lorsque tu liras ces lignes, je me serai, comme tant d'autres, acquitté envers le pays de la dette sacrée; et ce n'est certes que payer un juste prix l'honneur d'avoir porté le nom de Français en ces heures sublimes, en renonçant à certains rêves d'avenir. Depuis longtemps, j'avais fait le sacrifice de ma vie à la noble cause, la plus belle entre toutes, celle pour laquelle nous avons su souffrir, lutter et mourir.