J'ai reçu votre lettre datée du 13 Juin et suis très heureux de vous savoir en bonne santé. Nous étions au repos pour un mois, mais un ordre vient d'arriver et nous partons dans deux heures pour Lorette. Ça doit chauffer, mais mon courage n'a pas diminué. Je suis très content de savoir que vous vous soumettez à la volonté de Dieu. Oui, chers parents, je ne vous demande que cela. Même si un jour vous appreniez ma mort, eh bien! ayez la consolation de savoir que votre fils aura fait tout son devoir.

J'ai prévenu un de mes camarades de combat de vous envoyer la photo si je venais à tomber: il s'appelle Velin, Marius, de Saint-Saveurnin (B.-du-R.).

Un Marseillais a reçu une lettre de Marseille dans laquelle on lui dit que les Marseillais en ont assez. J'ai été peiné d'apprendre cela. Quant à vous, je suis persuadé que vous aurez toujours bon courage.

Voyez, chers parents, je ne vous cacherai rien. Au Valdabon, j'étais toujours malade, depuis le début jusqu'à ce que je rentre à l'infirmerie, j'ai souffert des intestins; les premiers jours, à la visite, on m'a reconnu et après le major ne m'a plus reconnu; depuis ce jour, j'ai toujours marché.

Dieu sait toutes les fatigues que j'ai supportées et pourtant, grâce à lui, jamais je ne me suis découragé, non, jamais, car je priais.

Il n'y a que le jour où, arrivé au maximum de mes forces, on m'a rapporté à moitié mort à l'infirmerie. Mais Dieu m'a réconforté, car ma maladie a disparu et je suis frais et dispos, aussi j'emploierai ma santé au service de la France.

Que Michel n'oublie pas son devoir de chrétien: je lui demanderai de faire une sainte communion pour moi.

Ce soir, j'irai à l'église voir si l'on me fera la faveur de communier avant de partir pour les tranchées.

J'espère recevoir l'argent demain ou après-demain. Heureusement, il me reste encore 3 francs pour m'acheter quelques provisions pour le voyage: nous avons 40 kilomètres à faire en automobile.

«Le caporal me remet à l'instant 200 pruneaux pour aller faire des cartons à la foire.»