Toujours en bonne santé, mais la vie est dure; malgré cela, santé et moral à la hauteur; le marmitage est terrible et tout voltige en l'air; nous vivons dans les trous d'obus. Nous avons largement la supériorité, mais le travail sera dur; dans tous les cas, il ne faut pas reculer devant aucun sacrifice pour la Patrie et la paix victorieuse. Vive la France! Nous ne serons tranquilles qu'au moment où les Boches seront tellement bas qu'ils demanderont grâce, c'est alors seulement qu'on pourra leur imposer notre volonté sans pitié et surtout pas de paix boiteuse, car tout serait nul.
Chère Maria, ne te fais pas de mauvais sang à cause de moi, tu sais que je suis un soldat consciencieux, je donne l'exemple à mes hommes dans le danger comme en dehors, ma conscience est tranquille, je ne crains pas la mort, au contraire, je la regarde bien en face; si toutefois ma destinée est de retourner près de toi, je retournerai; si le bon Dieu décide autrement, il n'y a rien à faire; prie pour moi et mes hommes, c'est tout ce qu'on peut faire; moi, de mon côté, si un malheur doit m'arriver, je suis prêt. Hier soir, avant de partir, je me suis fait donner l'absolution de notre aumônier, je suis tranquille; si quelque chose doit m'arriver, il t'avertira ou le médecin en chef à qui j'ai donné mon argent et portefeuille. Haut le coeur. Vive la France!
C'est en face de la mort qui fauche autour de nous que l'on sent revivre les sentiments de la foi la plus vive. Dieu est vraiment là qui me protège et me garde, mais je suis bien résigné à sa volonté: s'il me conserve pour ma chère Maria et mon cher Alexandre, je l'en remercie; s'il juge que mon sang et ma vie sont utiles à la France, je serai heureux de tout sacrifier pour la Patrie.
Voilà trois nuits que je ne dors pas, mais le moral prime sur la fatigue et mes hommes sont merveilleux. Heureux ceux qui verront la victoire et le retour de ma chère Alsace à la France.
Reçois de ton Robert les meilleurs baisers, caresses à Alexandre.
Tout à toi.
ROBERT.
Dernier adieu de BERT, Paul, Sous-Officier au 43e Régiment d'Infanterie, tué à l'ennemi, le 25 Septembre 1916, à l'âge de 19 ans.
ULTIMA VERBA
Priez pour moi.