Mes chers enfants,
Nous voici arrivés à la fin de cette année 1914, qui aura sa place dans l'Histoire du monde.
Nous avons vécu le premier semestre ensemble, travaillant paisiblement, côte à côte, dans le calme et la paix.
Depuis Juillet, nous sommes séparés; et tandis que, grâce à l'héroïsme de nos troupes, vous pouvez continuer vos études dans la quiétude d'une ville préservée de l'invasion, je vis, pour ma part, au milieu d'horreurs inimaginables.
Maudits soient à jamais ceux qui, par orgueil, par ambition ou par le plus sordide des intérêts, ont déchaîné sur l'Europe un tel fléau, plongé dans la plus effroyable misère et ruiné à jamais peut-être tant de villes et de villages de notre belle patrie!
Maudits soient à jamais ceux qui portent et porteront devant l'Histoire la responsabilité de tant de souffrances et de tant de deuils.
Les siècles futurs flétriront leur mémoire. A nous, une autre tâche incombe.
Nous autres soldats, défenseurs de nos libertés et de nos droits, il nous faut redoubler d'énergie et de ténacité pour chasser à jamais de notre pays un ennemi qui a accumulé tant de malheurs. Il nous faut garder intacte la foi en la victoire finale, qui sera le triomphe de la justice. Il nous faut être prêts à risquer chaque jour notre vie dans les plus terribles des combats, prêts à endurer à chaque heure mille souffrances morales et physiques.
Tous ces sacrifices, nous les consentons avec bonne humeur, pour arriver au succès définitif.
Nous saurons garder aussi pieusement la mémoire des camarades qui, par centaines, tombent à nos côtés. Et rappelez-vous que le patrouilleur qui risque sa vie dix fois, pour fournir un renseignement à son chef, lequel aidera à la victoire, mérite notre admiration au même titre que le plus habile de nos généraux.