Lettre écrite par Robert CAMUS, Sergent, 408e d'Infanterie, blessé mortellement le 3 Octobre 1918.
27 Août.
Cher Papa,
Dans ton mot du 15, tu me disais que Marcel Blondin était en permission et qu'il portait le galon de sergent automobiliste. Tant mieux pour lui, c'est un poste de toute sécurité. Je conviens qu'il a une belle chance. Quant à moi, j'estime que je suis à la place qui convient à mon âge et à ma situation. D'ailleurs, je n'ai nullement le pouvoir d'en changer. J'ai aussi comme une fierté de la souffrance qui le plus souvent est la compagne de l'homme sur la terre. Et j'ai confiance dans le retour pour vous revoir et vous aimer.
Trouve ma chance égale à tout autre puisque je suis demeuré intact au milieu des plus fortes tempêtes.
Ici, le secteur continue d'être tranquille. L'avant-dernière nuit, j'ai eu un poste d'inquiété par une patrouille, mais quelques grenades ont suffi pour la mettre en fuite.
Le temps a changé quelque peu. Nous avons eu deux orages. Les nuits se font déjà fraîches, surtout dans la vallée qui s'emplit de brouillard.
Je suis heureux que vous ayez terminé la moisson par un temps favorable.
Je vous embrasse tous de tout mon coeur.
Ton fils dévoué,