Je vous embrasse. Votre fils dévoué qui vous aimera toujours,
CONTI.
Lettre écrite par le Sous-Lieutenant Conrad CRAWFORD, de l'Infanterie américaine, tombé près de l'Ourcq, à Sergy, le 1er Août 1918.
(Au front.) 13 Juillet 1918.
Ma chérie Mère,
Ce soir, je passerai au front, dans les tranchées du vrai front, les places des chauves—«bald-headed row»—pour ainsi dire. Tandis que j'ai une confiance absolue dans ma bonne chance et que je me battrai jusqu'au bout quand j'en aurai l'occasion, je t'écris ces lignes seulement au cas. Quand tu les auras reçues, tu sauras bien que tu ne reverras plus ton fils cadet. C'est ma prière de m'en aller d'une façon dont tu seras fière.
Quoique bien des lieues nous séparent, Mother dear, je te vois clairement, j'entends ton rire, je ressens ton amour si grand pour moi, et c'est avec une douleur saisissante que je me rends compte de la possibilité de ne te rejoindre plus. Mais toi, tu ne dois ressentir aucune douleur. Tu devras être fière, tu le seras, je le sais bien, du sacrifice que toi, avec des milliers d'autres mères, auras dû faire.
Mon amour pour chacun de vous, et surtout pour la plus chérie mère du monde, est si grand que je ne saurai m'amener au point de dire adieu. Notre bien-aimé père n'est plus là, mais j'espère qu'il sait que j'ai fait mon devoir au mieux de mon possible et que je paierai le sacrifice suprême fièrement et sans regret. La vie d'un homme dans cette guerre ne vaut pas le claquement des doigts.
Eh bien! espérons que, dans les mois à venir, nous nous amuserons bien de cette lettre.
Avec tout l'amour du monde à chacun de ma famille,