Maman chérie,

Je suis redescendu, hier, des premières lignes, où nous sommes restés cinq jours, devant le fort de Vaux.

Le bataillon a été superbe de courage et, pour ma part, je n'ai pas une égratignure.

Ce soir, deux compagnies choisies remontent pour attaquer par surprise; j'ai été choisi pour mener aussi la danse avec les meilleurs chasseurs du bataillon.

L'affaire promet d'être chaude, mais intéressante; c'est pourquoi je suis fier et content d'en être.

Néanmoins, je laisse cette lettre à un de mes camarades, le lieutenant
Guillaume, qui te la ferait parvenir si je ne redescendais pas.

Maman chérie, j'ai beaucoup d'espoir et je compte que mon étoile ne pâlira pas ce soir. Mais, si je tombe, soyez certains que j'aurai fait tout mon devoir de chasseur.

Si, au dernier moment, quelques minutes me restent encore pour vous, je t'enverrai mes plus doux baisers. L'image de ma maman sera là pour me consoler; celle de mon père et de mes frères chéris pour me donner la force de mourir le sourire aux lèvres, trop heureux de tomber pour vous. Dans un long baiser à tous je vous dirai adieu.

P. FADHUILE.

P.-S.—Ma chère maman, il ne faut pas pleurer, ce serait mal; il faut être courageuse pour mon papa et mes frères.