Il faut libérer notre sol, il faut effacer à jamais de notre glorieuse histoire une souillure, il faut garder française la terre de nos morts, il faut préparer à une France nouvelle une ère de paix, il faut libérer à jamais les foyers de chez nous d'une guerre et il faut empêcher qu'un semblable cataclysme vienne encore dans quelques années déchirer des millions de coeurs et faire revivre ces heures affreuses; c'est dans ce but, petite mère, que j'ai voulu être officier français et c'est pour cet idéal que j'ai fait le sacrifice de mes vingt ans.

Puisque tu lis cette lettre, je suis tombé en brave et vers ma chère maison, vers la tombe de papa, mes dernières pensées se sont envolées.

Pauvre mère, ton coeur déjà torturé reçoit un nouveau coup, mais je te sais vaillante et forte; tu sauras trouver l'énergie nécessaire pour surmonter tes terribles épreuves dans la pensée que, plus heureuse, malgré tout, que beaucoup de mères françaises, il te reste un fils à élever, qui te donnera la satisfaction que tu dois attendre de lui.

Et toi, mon cher Emile,

Je te recommande maman, tu seras son soutien; c'est pour toi aussi que j'accepte volontiers le sacrifice, afin que ta vie soit tranquille et heureuse, que tu aies le bonheur qui ne m'est pas réservé de fonder un foyer; tu profiteras de tous les instants de ton existence en persévérant dans le droit chemin et en cherchant à travers toutes les épreuves ta satisfaction dans le bien.

Tu te souviendras de ton aîné, du petit officier de zouaves qui ne reviendra plus et tu associeras ma mémoire à celle de notre cher père; je revivrai ainsi en toi tant que durera cet hommage.

Chère Maman, Emile,

Je ne vous demande pas de ne pas me pleurer, je vous interdirais la seule consolation qui vous reste; mais sachez conserver de la modération dans votre peine; notre deuil récent et terrible nous a montré à tous le peu de prix qu'il convient d'attacher à la vie et il n'est pas sans noblesse de dévouer la sienne à un idéal.

Adieu donc.

Bonnes et affectueuses caresses de votre fils et frère qui vous a toujours aimés du plus profond de son être, plus que lui-même et que tout.