Mon cher Oncle,
Demain, j'aurai le très grand honneur de monter à l'assaut des tranchées ennemies, je commande une des colonnes d'attaque et dois m'emparer d'un blockaus garni de mitrailleuses et d'une maison crénelée. Je ferai tout mon devoir et, si je tombe, je vous demande de prévenir chez moi avec tous les ménagements possibles; c'est vous que j'ai demandé d'avertir. Et, maintenant, courage!
En avant! et vivent les chasseurs!
Bons baisers à tous.
MAURICE.
Lettre du Lieutenant Emmanuel AUBER, 2e Régiment d'Infanterie, tué en entraînant sa Compagnie à l'assaut, le 30 Avril 1917.
Maman adorée,
On t'aura déjà prévenue lorsque tu recevras cette lettre.
Oui, Maman chérie, si ce mot t'est envoyé, c'est que je serai resté là-bas, sur la plaine, dans l'assaut formidable que la France a entrepris.
Il ne faudra pas pleurer, ma Maman bien-aimée. Souviens-toi que tu es Française avant tout et que la mort qui m'enlève est glorieuse entre toutes. Il faut être fière de moi car j'aurai fait mon devoir pleinement. Je veux mourir face à l'ennemi et non dans la tranchée.