Quant à vous, adieu, au revoir, mon bon papa, ma bonne maman. Je vous ai aimés, vous m'avez tout pardonné. Je vous embrasse pour la dernière fois bien bien fort.

Votre petit Henri mort pour la France.

Courage!

Lettre écrite par Albert JULHIEN, 6e Bataillon de Chasseurs Alpins, tombé au bois de Berthonval le 20 Décembre 1914.

19 Décembre 1914.

Mes chères tantes,

Si vous recevez cette lettre, mes chères tantes, c'est que, suivant mon pressentiment, l'attaque qui se prépare m'a été fatale. Si je vous confie la triste mission d'en avertir mes chers papa et maman, c'est que je sais que, dans la religion, vous saurez trouver les paroles de consolation qui leur seront si nécessaires en ces tristes moments et que votre grande affection vous dictera les précautions à prendre pour atténuer la douleur que leur causera certainement cette nouvelle.

Pour moi, j'ai la certitude d'avoir fait mon devoir de Français jusqu'au bout et c'est sans amertume que je fais à notre belle France le sacrifice de ma vie.

Notre cause est belle et elle triomphera certainement. Heureux ceux qui verront le triomphe, mais il ne faut point pleurer ceux qui y sont restés pour y contribuer, afin de ne pas diminuer la joie du triomphe.

Pourquoi ai-je pris tant de précautions ces jours-ci? Probablement que le bon Dieu a voulu qu'à vous tous j'aie le temps de lancer un dernier adieu.