Voilà cinq jours que le 210e attaque sur la rive gauche du lac de Prespa; le 6e bataillon, dont je fais partie, est parti l'avant-dernière nuit pour attaquer à son tour, mais a été rappelé à l'arrière au moment où j'allais aborder les Allemands avec ma section. J'ai été chargé par le commandant de protéger la retraite du bataillon.

Voilà la situation, pas brillante, il est vrai, mais pas désespérée; il est fort probable que nous repartirons à l'attaque cette nuit peut-être et je voudrais vous dire adieu avant.

Quand vous recevrez ces mots, je serai certainement mort.

Croyez que j'aurai fait mon devoir de Français et de chef comme tous ceux qui sont tombés jusqu'ici.

Je viens vous demander de me pardonner tout le mal que j'ai pu vous causer durant ma vie….

Je vous demanderai de conserver mon souvenir sur cette terre de France, où je n'aurai pas eu l'honneur de verser mon sang.

Au revoir, chers parents, ainsi qu'à tous mes parents et amis. J'espère vous revoir un jour au ciel.

Votre fils qui vous aime,

A. LAMBLOT.

Lettre écrite par le Sergent Victor LAMOTHE, 119e Régiment d'Infanterie, tombé au champ d'honneur le 15 Mai 1917.