Chère Mère,

Si je tombe dans la lutte actuelle, tu ouvriras cette petite lettre, elle te donnera mon dernier baiser.

Mère chérie, sois fière de ton enfant, il aura fait son devoir jusqu'au bout avec courage et foi. J'ai donné ma vie à la France, ne pleure pas, ma mort est belle, est grande, je meurs content.

Adieu, mère chérie, merci de tous tes bons soins, que ta santé soit toujours bonne et grand soit ton courage.

Je t'embrasse une dernière fois.

Adieu, mère, adieu!!!

Ton fils qui t'aime,

VICTOR.

Jean DE LANGENHAGER appartenait à une famille de médecins, il se sentit attiré par vocation vers la médecine, et prit quatre inscriptions à la Faculté de Paris. Il achevait sa première année de service militaire, au Havre, quand la guerre éclata. Ayant obtenu de partir comme soldat dans le rang, et non comme infirmier, il fit avec son régiment la partie initiale de la campagne, Charleroi, la retraite, la Marne. Blessé le 7 Septembre 1914, à la bataille de la Marne (combat de Cougivaux), il passa de longs mois dans les hôpitaux de l'arrière. Sa blessure, quoique peu grave, était mal placée: il avait eu le pied fracturé, et une saillie osseuse, due à une consolidation vicieuse, gênait la marche. Les médecins voulaient le faire passer dans le service auxiliaire. Il s'y refusa, obtint de porter une chaussure orthopédique, qui corrigeait le vice de la démarche, et, maintenu dans le service armé, rejoignit enfin le dépôt de son régiment. Là il trouva sa nomination de caporal, qui l'attendait depuis la bataille de la Marne; mais bientôt, en exécution des ordres ministériels qui, pour combler les pertes du cadre des jeunes médecins, prescrivaient de rechercher dans les formations combattantes les étudiants en médecine, même pourvus de quatre inscriptions seulement, pour les nommer médecins auxiliaires, il fut promu à ce grade et renvoyé au front en cette qualité. D'abord affecté à un régiment territorial, qui gardait les lignes de l'Argonne, il passa, sur sa demande, dans un régiment de l'active, et il tomba, dans une attaque, frappé d'une balle en plein coeur, en suivant, dit la citation à l'ordre de l'armée dont il fut honoré, la vague d'assaut de son unité, pour secourir plus rapidement les blessés.

4 Avril 1917.