Maman chérie,

Nous montons ce soir à Verdun. La bataille diminue sur ce front-ci. Il ne faut rien craindre pour moi; nous sommes prêts tous; vraiment, il est magnifique de voir de près l'enthousiasme de certains soldats qui paraissaient si fermés.

J'ai eu la grande joie de communier ce matin … te dire ce que j'ai été heureux de le pouvoir faire. Le bon Dieu décidera de mon sort, et au fond du coeur il faut dire: que votre volonté soit faite et non la nôtre.

Il faut te dire aussi que nous serons au moins dix jours sans écrire et sans avoir rien comme ravitaillement; ton colis m'arrive comme si Dieu l'avait permis.

Oh! ma maman, qu'il m'est doux de faire mon grand devoir d'homme, de soulager ainsi notre plus grande France; prie bien et reste ferme avec moi pour nous retrouver tous à la victoire glorieuse. Ton Paulo restera bon et deviendra meilleur encore; prions plus que jamais, que ton coeur soit haut et gai pour nous tous, que je le savoure encore comme le bon Dieu le voudra bien.

J'aurais voulu avoir quelques lignes de toi ce soir! mais tu n'auras pas non plus de mes lettres, il ne faut pas que tu t'ennuies!

Dis bonjour à Madame X… de ma part, je n'écris qu'à toi et n'ai le temps de rien.

Bons baisers à toi, à papa et de toi à tous.

Ton petit,

PAULO.