Je ne veux pas que l'on porte mon deuil, car il n'y a pas à pleurer dès l'instant que j'ai terminé ma vie en campagne et face à l'ennemi.

Je demande qu'on laisse mon corps là où je serai tombé, parmi mes camarades de combat.

Notre attaque sera dure, très dure, mais je pense qu'elle réussira quand même, ce qui permettra de libérer Monastir de ces êtres exécrés que nous aurons bientôt. Ma mort n'est rien si nous avons la victoire et si le drapeau français continue à flotter sur tout l'univers comme précédemment et si je ferme les yeux en voyant l'objectif atteint.

Je te prie de faire savoir ma mort aux parents, aux proviseurs des Lycées Henri IV et Michelet, ainsi qu'à Madame Magnien, à Brémont, par Rotter (Saône-et-Loire), et à mon camarade Henri Blin, dont les parents habitent 27, rue d'Ulm, à Paris (5e). Je te prie, en outre, d'annoncer au commandant ma joie de tomber à l'attaque, en tête de ma section et en contemplant le drapeau tricolore sur lequel vos têtes qui me sont chères apparaissent à la place des victoires, gravées en lettres d'or, de la France.

Encore une fois, je ne veux pas que l'on porte mon deuil, car j'ai 22 ans et l'on attaque, c'est-à-dire que j'ai fait volontiers le sacrifice de ma vie pour la victoire de mon pays et l'écrasement de l'hydre germanique.

Nous allons sortir dans peu d'instants, je pense en revenir et, si je meurs, ce ne sera pas sans avoir embrassé une dernière fois votre photographie qui est placée dans mon portefeuille. Je regarde aussi une dernière fois notre drapeau et le portrait du Maréchal Joffre, qui symbolisent la France et que je mets au-dessus de vous, mes chers parents, car c'est pour elle que je mourrai au champ d'honneur.

Vive la France!

Adieu, mes chers parents.

LORMIER.

Lettre écrite par le Sergent Marcel DE LOSME, 116e Chasseurs Alpins, tombé pour la France, le 26 Octobre 1916, sous le fort de Douaumont (Verdun).