Le marquis de Rambouillet[ [92] enfin, qui n'était assurément pas le courtisan ordinaire des Muses, essaya, pour la première fois peut-être, de les invoquer, afin de couronner son admirable fille. A travers la métamorphose de l'Hyacinthe qu'il choisit, il trouva matière à un aimable sixain, assez agréablement tourné pour faire honneur à un poëte de profession.
Avec le père de la princesse Aminte se termine notre étude sur la Guirlande. Nous aurions pu étendre cette Notice, l'augmenter de nombreuses pièces, y joindre des poésies à la louange de Julie, et faire ressortir davantage la flore de chaque madrigal; mais nous avons craint d'alourdir de trop de plomb le fragile canevas sur lequel se joue, en légères arabesques, la délicatesse des plus doux madrigaux.
Nous avons reproduit avec une grande exactitude, l'orthographe de la Guirlande de Julie, extrêmement surannée même pour l'époque où elle fut calligraphiée par le célèbre Jarry. Après avoir revu sur tous les textes connus le texte original de l'œuvre de Montausier, nous en avons minutieusement recueilli les variantes pour les placer à la fin de ce volume, et, sans vouloir parler du luxe typographique dont nous entourons cette réimpression, nous croyons, grâce aux sérieuses études auxquelles nous nous sommes livré, donner une édition justement recommandable par sa clarté, ses annotations, ses documents inédits et les soins scrupuleux que nous avons apportés dans les plus petits détails.
La Guirlande de Julie devait figurer dans notre collection des Poëtes de ruelles au XVIIe siècle.—Le concours de tant de brillants esprits, réunis pour une œuvre si fameuse qu'elle est, en quelque sorte devenue classique, est d'un vif attrait pour la savante curiosité des lettrés.—Nous ne prétendons pas cependant présenter au public un chef-d'œuvre littéraire: ces petites pièces de poésie, ainsi que nous le fait remarquer un bibliographe judicieux, ont un mérite assez mince quand on les considère séparées des peintures pour lesquelles elles ont été faites, et privées d'une circonstance unique dans l'histoire de la galanterie; mais, en souvenir et pour le respect que nous portons à Mlle de Rambouillet, la Guirlande de la princesse Julie restera toujours le livre de l'imagination la plus française, l'Anthologie galante la plus précieuse de notre littérature, et comme un monument d'illustre courtoisie, à cette époque admirable et de suprême politesse où le talent tenait à honneur de couronner dignement et de fleurs immortelles la vertu, le mérite et la beauté.
OCTAVE UZANNE.
LA
GVIRLANDE
DE
IVLIE,
pour
Mademoiselle de Rambouillet,
IVLIE-LVCINE
D'ANGENNES.