Et la nuit ny l'oubli de l'empire funèbre

Jamais sous le soleil n'en borneront le cours.

Il nous reste à noter les huit poëtes qui, bornant leur ambition à un seul madrigal, choisirent avec recherche, sur les fertiles coteaux de l'Hélicon, la fleur unique dont ils devaient orner le front de Julie.

Commençons par Chapelain[ [85] et son altière Couronne Impériale, qui fut si goûtée à l'hôtel de Rambouillet. M. de Gaignères parle assez longuement dans sa Notice du sujet allégorique traité dans ce madrigal; nous ne jugerons donc que l'œuvre en elle-même.—Chapelain s'était si puissamment imposé à son époque, avant la pénible apparition de son poëme, que de fait il ne pouvait être médiocre. Les quelques pièces qu'il donnait en à-compte sur son colossal chef-d'œuvre, étaient saisies, admirées, exaltées avec une telle passion, que c'eût été un crime de ne pas s'extasier.—Aujourd'hui nous pouvons considérer la Couronne Impériale avec un sens plus rassis et exempt de ce prisme d'enthousiasme qui fit regarder le créateur de la Pucelle comme le premier poëte du monde, et, à l'avouer franchement, le madrigal de Chapelain nous semble légèrement boursouflé et d'une allure un peu trop majestueuse pour l'harmonie générale et l'ensemble bien caractérisé de la Guirlande.

Godeau[ [86], par contre, trouva pour sa Tulipe une forme fraîche et idyllique; il donna à son vers l'élégance et le tour agréable de la pastorale, et le madrigal du Nain de la princesse Julie est si honnêtement troussé et d'une physionomie si colorée que l'on s'étonne, en le regrettant, que M. de Vence ait presque exclusivement consacré son talent à rimer des psaumes et à versifier des méditations chrétiennes et des églogues sacrées.

D'Andilly le père[ [87] drapa royalement ses Lys, sous son inspiration. Ils dressent noblement la tête et donnent à Julie, dans un langage pompeux, les marques de la plus haute courtoisie.

Le vieux Gombaud[ [88], en vétéran du madrigal, paya d'un fier et magistral quatrain sur l'Amaranthe, les bontés et les douces attentions que les Rambouillet lui prodiguaient dans sa fortune adverse.

L'auteur des Historiettes, le calomniographe Tallemant des Réaux[ [89], montra un échantillon de son savoir-faire galant dans un madrigal sur les Lys, et il s'en tira assez délicatement pour recevoir tous les éloges.

Arnauld de Corbeville[ [90] emprunta le pinceau de Flore pour donner le plus vif coloris et les tons les plus fins à la fleur qu'il cueillit; sa Tulipe, superbe d'éclat, reste l'emblème du plus parfait amour sous la forme la plus élégante.

Habert de Montmor[ [91] eut le choix original; il rima sur une robuste mais modeste petite fleur: La blanche Perce-Neige prêta à l'imaginative de l'auteur une grâce et un esprit qui font de son madrigal un des plus réussis de la Guirlande.