Nous avons corrigé ce défaut en substituant à cette table défectueuse celle donnée par l'abbé Rive[ [27].

Sans vouloir enrichir le passé aux dépens du présent, il faut avouer qu'il seroit difficile aujourd'hui d'assembler un aussi grand nombre de beaux esprits et de poëtes célèbres qu'il s'en trouva alors pour immortaliser le nom de Julie.

La table qui contient les noms de tous ces poëtes, et que nous avons ajoutée à celle de l'abbé Rive, ne présente que les illustres fondateurs de l'Académie françoise, qui s'élevoit alors à l'hôtel de Rambouillet, en attendant qu'elle reçût et sa forme et sa gloire du cardinal de Richelieu.

Mais quand on n'auroit pas appris par là qui sont ceux qui aidèrent à M. de Montausier à célébrer mademoiselle de Rambouillet, il seroit toujours facile de juger, par tant de poésies diverses et ingénieuses, que des esprits d'un ordre supérieur y ont eu part.

Ces poésies ou madrigaux ont été imprimés à Paris, en 1729[ [28], à la suite de la Vie de M. de Montausier, rédigée par Nicolas Petit, jésuite, qu'on a confondu avec d'autres auteurs du même nom, dont les ouvrages sont annoncés dans la France littéraire, t. Ier, p. 361; t. II, p. 92, et Supplément, part. Ire, p. 167. L'on vient de réimprimer tout récemment[ [29] ces madrigaux avec la Vie de M. le duc de Montausier.

L'on apercevra aisément à la table des noms des auteurs, que M. de Montausier, comme amant, a composé un très-grand nombre de ces madrigaux. On ignore les raisons pour lesquelles il s'est caché quelquefois sous ces lettres: M. le M. de M.[ [30], ainsi que le marquis de Racan par celles de M. le M. de R.[ [31]; M. Conrart, que l'on peut appeler le père de l'Académie françoise, n'y est désigné que par M. C.[ [32].

Comme la baronnie de Montausier ne fut érigée en marquisat qu'en 1644[ [33], trois ans après que la Guirlande de Julie fut présentée à mademoiselle de Rambouillet, l'on sera sans doute étonné que M. de Montausier ait pris le nom de marquis avant de l'être effectivement; mais on ne doit pas ignorer qu'il étoit très-commun que les gens de qualité prissent dans le monde le titre de marquis avant que la terre de leur nom fût érigée en marquisat[ [34]. Le frère aîné de M. le duc de Montausier, qui mourut en 1633[ [35], avoit aussi porté le titre de marquis de Montausier.

Chapelain, fameux par l'attente de la Pucelle qui avoit par avance un nom qu'elle n'a pu soutenir quand elle a été au grand jour[ [36], fut un de ceux qui brilla le plus en cette occasion. La fleur impériale dont il fit choix donna lieu à une allégorie fort spirituelle, sur laquelle roule toute la finesse de son madrigal[ [37].

En voici l'explication en deux mots:

Le grand Gustave étoit alors au plus haut période de sa gloire, et il en jouissoit sans rivaux, puisque personne ne pouvoit lui disputer celle d'être le plus fameux conquérant de son siècle. Mademoiselle de Rambouillet, juge très-capable du vrai mérite, ne parloit d'ordinaire de ce prince qu'avec éloge; elle avoit même son portrait dans sa chambre, et disoit toujours qu'elle ne vouloit point d'autre amant que ce héros[ [38].