CXI

À ce même moment, Höskuld, godi de Hvitanes, s'éveilla. Il se revêtit de ses habits, et mit sur son dos le manteau, présent de Flosi. Il prit un panier à grain d'une main, de l'autre une épée; puis il s'en va vers la haie et se met à semer son grain.

Skarphjedin et les autres étaient convenus entre eux qu'ils l'attaqueraient tous à la fois.

Skarphjedin s'élança de derrière la haie. Quand Höskuld le vit, il voulut fuir. Mais Skarphjedin courut après lui, en disant: «Ne crois pas que tu puisses t'échapper, godi de Hvitanes!» Il le frappe et le touche à la tête, et Höskuld tombe sur ses genoux. «Que Dieu m'aide et vous pardonne» dit-il en tombant. Alors ils coururent tous à lui, et le frappèrent tous.

Après cela, Mörd dit: «Il me vient une idée».--«Laquelle?» dit Skarphjedin.--«C'est, dit Mörd, de retourner chez moi tout d'abord. Ensuite j'irai à Grjota, je leur dirai la nouvelle, et que je trouve cela très mal fait. Je sais que Thorgerd me priera de dénoncer le meurtre. Et je le ferai; car ce sera le meilleur moyen d'embrouiller leur affaire. J'enverrai aussi un homme à Vörsabæ pour savoir s'ils se hâtent de prendre un parti. Il y apprendra la nouvelle et je ferai comme si je l'avais reçue de lui».--«Fais cela; tu feras bien» dit Skarphjedin.

Les trois frères retournèrent chez eux, avec Kari. En arrivant, ils dirent à Njal la nouvelle. «C'est une triste nouvelle que celle-ci, dit Njal, et fâcheuse à entendre; ce malheur me touche de si près que, je puis le dire en vérité, j'aimerais mieux avoir perdu deux de mes fils, et qu'Höskuld fût en vie».--«Il faut t'excuser, dit Skarphjedin, car tu es vieux, et il était à prévoir que ceci te ferait de la peine».--«Ce n'est pas seulement, dit Njal, parce que je suis vieux, mais aussi parce que je sais mieux que vous ce qui s'ensuivra».--«Qu'est-ce qui s'ensuivra?» dit Skarphjedin.--«Ma mort, dit Njal, celle de ma femme, et de tous mes fils».--«Que lis-tu dans l'avenir pour moi?» dit Kari.--«Il leur sera difficile, dit Njal, de s'opposer à ton heureux destin, et tu seras plus fort qu'eux tous».

Et ce fut la seule chose au monde qui touchât Njal de telle sorte qu'il ne pouvait en parler sans pleurer.


CXII