Hildigunn s'éveilla et vit qu'Höskuld n'était plus dans la chambre. «J'ai fait de mauvais rêves, dit-elle, et qui ne m'annoncent rien de bon; allez me chercher Höskuld». Ils le cherchèrent dans le domaine, et ne le trouvèrent pas. Cependant Hildigunn s'était habillée. Elle sort, et deux hommes avec elle, ils s'en vont vers la haie, et trouvent là Höskuld mort. À ce moment, arrive le berger de Mörd fils de Valgard. Il lui dit qu'il a rencontré les fils de Njal, venant de ce lieu, «et Skarphjedin m'a appelé, dit-il, et s'est déclaré l'auteur du meurtre».--«Ce serait un exploit de brave, dit Hildigunn, si un seul y avait eu part». Elle prit le manteau, essuya tout le sang des blessures, y rassembla les gouttes de sang caillé, et le mit dans son coffre.
Puis elle envoya un homme à Grjota pour y annoncer la nouvelle. Mörd était là qui l'avait déjà dite. Ketil de Mörk était venu aussi. Thorgerd dit à Ketil: «Voici qu'Höskuld est mort comme vous savez. Rappelle-toi maintenant ce que tu m'as promis, quand tu l'as pris pour ton fils d'adoption».--«Il se peut, dit Ketil, que j'aie promis alors trop de choses; car je ne pensais guère qu'il viendrait des jours comme ceux-ci. Me voici fort en peine; car le nez est près des yeux, et je suis marié à une fille de Njal».--«Veux-tu donc, dit Thorgerd, que ce soit Mörd qui porte plainte pour le meurtre?»--«Je ne sais pas, dit Ketil, car je crois qu'il vient de lui plus de mal que de bien». Mais dès que Mörd eut parlé à Ketil, il en fut de lui comme des autres, et il crut que Mörd lui serait fidèle. Ils convinrent donc que Mörd porterait plainte pour le meurtre, et s'occuperait de porter l'affaire devant le ting.
Après cela, Mörd descendit à Vörsabæ. Il vint là neuf hommes, les plus proches voisins du lieu du meurtre, pour servir de témoins. Mörd avait dix hommes avec lui. Il montre aux voisins les blessures d'Höskuld, les prenant à témoins des coups, et il nomme l'auteur de chaque blessure, sauf d'une. Celle-là, il fit comme s'il ne savait pas qui l'avait faite; mais c'était celle qu'il avait faite lui-même. Puis il déclara qu'il portait plainte contre Skarphjedin pour le meurtre, et contre ses frères et Kari pour les blessures. Après quoi il cita les neuf proches voisins du lieu du meurtre, à comparaître devant l'Alting.
Après cela il retourna chez lui. Il ne voyait presque jamais les fils de Njal, et quand ils se rencontraient, ils se faisaient mauvais visage. C'était ainsi convenu entre eux.
La nouvelle du meurtre d'Höskuld se répandit dans tous les cantons. On disait que c'était mal fait.
Les fils de Njal allèrent trouver Asgrim fils d'Ellidagrim, et lui demandèrent son aide. «Vous savez bien, dit-il, que je vous aiderai dans toute affaire grave. Pourtant j'augure mal de celle-ci; ils sont nombreux, ceux à qui appartient la vengeance, et dans tous les cantons ce meurtre a été grandement blâmé». Alors les fils de Njal retournèrent chez eux.
CXIII
Il y avait un homme nommé Gudmund le puissant. Il habitait à Mödruvöll sur l'Eyjafjord. Il était fils d'Eyjolf, fils d'Einar, fils d'Audun le chauve, fils de Thorolf Smjör, fils de Thorstein le lâche, fils de Grim Kamban. La mère de Gudmund s'appelait Halbera: elle était fille de Thorod Hjalm. Et la mère de Halbera s'appelait Reginleif, fille de Sæemund, des pays du Sud, celui qui donna son nom à la plaine de Sæmund sur le Skagafjord.
La mère d'Eyjolf, le père de Gudmund, était Valgerd fille de Runolf. La mère de Valgerd s'appelait Vilborg. Sa mère était Jorunn la bâtarde, fille du roi Osvald le saint. La mère de Jorunn était Bera, fille du roi Jatmund le saint.