Thorgeir Skorargeir pria Kari de s'en revenir avec lui. Ils firent route d'abord avec Gudmund, du côté du Nord, jusqu'aux montagnes. Kari fit présent à Gudmund d'une agrafe d'or, et Thorgeir d'une ceinture d'argent, toutes deux d'un grand prix. Ils se séparèrent en grande amitié. Gudmund s'en retourna chez lui, et il ne reparaîtra plus dans la saga.
Kari et les siens quittèrent la montagne et prirent la route du Sud. Ils redescendirent dans le pays habité, et vinrent jusqu'à la Thjorsa.
Flosi et tous les gens de l'incendie faisaient route vers l'Est. Ils vinrent dans le Fljotshlid, et Flosi permit aux fils de Sigfus d'aller voir leurs domaines. À ce moment Flosi vint à apprendre que Thorgeir et Kari s'en étaient allés au Nord avec Gudmund le puissant. Il crut et les autres aussi, que leur projet était de rester dans le pays du Nord. Les fils de Sigfus lui demandèrent donc de les laisser aller du côté de l'Est, jusqu'au pied de l'Eyjafjöll, pour chercher de l'argent; car ils avaient de l'argent placé à Höfdabrekka. Flosi le leur permit, mais il leur recommanda de se tenir sur leurs gardes et d'aller aussi vite qu'ils pourraient. Puis il se remit en route, remonta le Godaland, vint à la montagne et passa au nord des glaciers de l'Eyjafjöll. Enfin, sans s'être arrêté une seule fois, il arriva dans l'Est, à Svinafell.
Nous avons dit que Hal de Sida avait voulu qu'il ne fût pas payé d'amende pour son fils, afin de rendre l'arrangement plus facile. Mais tous les hommes présents au ting s'entendirent pour lui payer une amende; et on ne rassembla pas moins de huit cents d'argent, ce qui était quatre fois le prix d'un homme. Tous les autres qui avaient été avec Flosi ne reçurent rien pour les pertes qu'ils avaient faites, et ils en furent très mécontents.
Les fils de Sigfus restèrent trois nuits chez eux. Le troisième jour ils partirent, chevauchant vers l'Est, jusqu'à Raufarfell. Ils y passèrent la nuit. Ils étaient quinze en tout, et n'avaient peur de rien. Le lendemain, ils se mirent en marche tard, pensant arriver à Höfdabrekka le soir. Ils firent halte dans le Kerlingardal et tombèrent dans un profond sommeil.
CXLVI
Ce jour-là, Kari fils de Sölmund et Thorgeir Skorargeir chevauchaient vers l'Est, vers le Markarfljot. Ils vinrent à Seljalandsmula, où ils rencontrèrent des femmes qui passaient. Elles les reconnurent et leur dirent: «Vous êtes moins fanfarons que les fils de Sigfus; mais vous ne prenez pas assez garde à vous.»--«Pourquoi nous parlez-vous des fils de Sigfus? dit Thorgeir. Et que savez-vous d'eux?»--«Ils ont passé la nuit à Raufarfell, dirent-elles, et ils pensent arriver ce soir dans le Mydal. Nous avons bien vu qu'ils avaient peur de vous, car ils ont demandé quand vous reviendriez dans le pays.» Là-dessus ils continuèrent leur route, et mirent leurs chevaux au galop. Thorgeir demanda: «Qu'as-tu en tête? Veux-tu que nous leur courrions sus?»--« Je ne dis pas non,» dit Kari. «Qu'allons-nous donc faire?» dit Thorgeir. «Je n'en sais rien, dit Kari. On a vu souvent des gens vivre vieux, qui n'avaient été tués qu'en paroles. Mais je sais bien ce que tu désires. Tu veux prendre huit hommes pour toi seul, et ce sera moins encore que le jour où tu en as tué sept, parmi les récifs, après être descendu auprès d'eux le long d'une corde. Toi et les tiens, vous êtes ainsi faits qu'il vous faut toujours de nouveaux exploits. Pour moi je ne peux pas moins faire que d'aller avec toi, pour en porter la nouvelle après. Allons donc, et courons leur sus, nous deux tous seuls; je vois bien que tu y es décidé.»
Ils prirent à l'Est, par le chemin d'en haut, sans passer par Holt; car Thorgeir ne voulait pas qu'on pût s'en prendre à ses frères de ce qui allait arriver. Ils chevauchèrent jusqu'au Mydal. Là ils rencontrèrent un homme qui menait un cheval chargé de paniers de tourbe. «C'est dommage, dit l'homme, que tu ne sois pas en force, ami Thorgeir.»--«Que veux-tu dire?» demanda Thorgeir. «Je veux dire, reprit l'autre, qu'il y aurait ici du gibier à chasser. Les fils de Sigfus ont passé par là, et ils vont dormir tout le long du jour dans le Kerlingardal; car ils ne vont ce soir que jusqu'à Höfdabrekka.» Et ils suivirent chacun son chemin.
Thorgeir et Kari continuèrent de s'en aller à l'Est, traversant les bruyères d'Arnastak, et ils arrivèrent sans autre incident devant la rivière du Kerlingardal. L'eau était haute; ils remontèrent le long de la rive, car ils voyaient de loin des chevaux tout sellés. Ils s'approchèrent, et virent des hommes endormis dans un creux.