Gunnar chevaucha jusqu'aux huttes de ceux de la Ranga, et il demeura là avec ses parents. Beaucoup d'hommes venaient le trouver et lui demander des nouvelles. Il était avec tout le monde affable et gai, et disait à chacun ce qu'il voulait savoir.
Il arriva, un jour, que Gunnar venait du tertre de la loi. Il passait devant la hutte de ceux de Mosfell. Il vit des femmes venir à sa rencontre, et elles étaient vêtues de beaux habits. Celle qui était en tête était la mieux vêtue de toutes. Et quand ils se rencontrèrent, elle parla tout de suite à Gunnar. Il lui rendit son salut et demanda qui elle était. Elle dit qu'elle se nommait Halgerd et qu'elle était fille d'Höskuld fils de Dalakol. Elle lui parlait hardiment, et elle le pria de lui conter ses voyages. Et il dit qu'il ne pouvait pas refuser de l'entretenir. Alors ils s'assirent et parlèrent ensemble. Elle était vêtue ainsi: elle avait une robe rouge, tout à fait magnifique. Elle avait par-dessus un grand manteau d'écarlate, orné de galons au bord. Ses cheveux tombaient sur sa poitrine, et ils étaient longs et beaux. Gunnar avait sur lui le vêtement d'honneur que le roi Harald fils de Gorm lui avait donné. Il avait au bras l'anneau de Hakon. Ils parlèrent longtemps tout haut. Ils en vinrent là qu'il demanda si elle n'était pas mariée. Elle dit qu'elle ne l'était pas «et il n'y en a pas beaucoup qui en courraient la chance», dit-elle.--«Penses-tu que nul n'est assez bon pour toi?» dit-il.--«Ce n'est pas cela, dit-elle; mais il faut que je sois prudente dans mon choix».--«Comment répondrais-tu si je te demandais en mariage?» dit Gunnar.--«Tu n'y penses pas» dit-elle.--«Tu te trompes» dit-il.--«Si c'est vraiment ton idée, dit-elle, va trouver mon père». Et après cela ils cessèrent l'entretien.
Gunnar alla tout droit à la hutte de ceux des vallées; il trouva des hommes dehors devant la hutte, et demanda si Höskuld était dedans. Et ils dirent qu'il y était certainement. Gunnar entra. Höskuld et Hrut le reçurent bien. Il s'assit entre eux deux, et il ne semblait pas à leur conversation, qu'il y eût eu entre eux la moindre inimitié. Le discours de Gunnar en vint là, qu'il demanda quelle réponse les deux frères lui feraient, s'il prétendait à la main d'Halgerd. «Une bonne, dit Höskuld, si tu y as bien pensé». Gunnar dit que c'était tout à fait sérieux «mais nous nous sommes quittés la dernière fois de telle manière, que bien des gens penseront qu'il vaudrait mieux ne pas faire d'alliance entre nous».--«Que te semble de ceci, Hrut, mon frère?» dit Höskuld. Hrut répondit: «Il me semble que ce ne serait pas un mariage bien assorti».--«Qu'y trouves-tu à redire?» dit Gunnar. Hrut dit: «Je vais te répondre là dessus selon la vérité: Tu es un vaillant homme, et un homme d'honneur, mais elle, elle est trompeuse, et je ne veux te faire tort en rien».--«Grand bien t'en fasse, dit Gunnar, mais je tiendrai ceci pour vrai, que vous vous rappelez notre ancienne querelle, si vous ne voulez pas m'accorder ma demande».--«Ce n'est pas cela, dit Hrut; c'est plutôt parce que je vois que tu ne sauras pas lui tenir tête. Mais si nous ne faisons pas le marché, nous voulons pourtant être tes amis». Gunnar dit: «J'ai parié avec elle, et elle n'est pas éloignée de cette idée». Hrut dit: «Je sais que c'est ainsi, et que tous les deux vous en avez envie. C'est vous deux aussi qui courez le plus de risques, quant à la manière dont cela tournera». Et Hrut dit à Gunnar, sans que Gunnar l'eût demandé, tout ce qui concernait l'humeur d'Halgerd. Et Gunnar fut d'abord d'avis que tout n'était pas comme il aurait fallu. Et pourtant il arriva à la fin que leur marché fut conclu.
Alors on envoya chercher Halgerd, et on parla de l'affaire, elle étant présente. Ils firent comme la première fois, et la laissèrent se fiancer elle-même. On convint que la noce se ferait à Hlidarenda, et que la chose serait d'abord tenue secrète; mais il arriva que chacun le sut.
Gunnar quitta le ting et retourna chez lui. Il alla tout droit trouver Njal et lui dit son marché. Njal prit la chose tristement. Gunnar lui demanda ce qu'il voyait là-dedans de si peu sage. Njal répondit: «Il viendra d'elle toute sorte de mal, si elle arrive ici dans l'est».--«Jamais elle ne gâtera notre amitié» dit Gunnar. «Mais il ne s'en faudra pas de beaucoup, dit Njal, et tu auras plus d'une fois à payer l'amende pour elle». Gunnar invita Njal à la noce, et tous ceux de chez lui qu'il voudrait pour l'accompagner. Njal promit de venir. Après cela Gunnar s'en alla chez lui. Et il chevauchait par tout le district pour inviter les gens.
XXXIV
Il y avait un homme nomme Thrain. Il était fils de Sigfus, fils de Sighvat le rouge. Il demeurait à Grjota dans le Fljotshlid. Il était parent de Gunnar et c'était un homme de grande importance. Il avait pour femme Thorhild Skaldkona. Elle avait une méchante langue et faisait des vers moqueurs sur les gens. Thrain l'aimait peu. Il fut invité à la noce à Hlidarenda, et sa femme devait recevoir les hôtes avec Bergthora fille de Skarphjedin, femme de Njal.
Ketil était le nom du second fils de Sigfus. Il demeurait à Mörk, à l'est du Markarfljot. Il avait pour femme Thorgerd fille de Njal.
Le troisième fils de Sigfus s'appelait Thorkel, le quatrième Mörd, le cinquième Lambi, le sixième Sigmund, le septième Sigurd. Ils étaient tous parents de Gunnar, et vaillants champions. Gunnar les avait tous invités à la noce. Il avait invité aussi Valgard le rusé, et Ulf godi d'Ör et leur fils Runolf et Mörd.