Höskuld et Hrut arrivèrent, et beaucoup d'hommes avec eux. Il y avait là les fils d'Höskuld, Thorleik et Olof. La fiancée venait avec eux, et aussi Thorgerd sa fille, la plus jolie femme qu'on pût voir. Elle était alors âgée de quatorze hivers. Il y avait beaucoup d'autres femmes avec elles. Là était Thorhalla fille d'Asgrim fils d'Ellidagrim, et les deux filles de Njal, Thorgerd et Helga.

Gunnar avait déjà beaucoup de monde, et il plaça ainsi ses hommes: il s'assit au milieu du banc, et après lui, du côté du dedans, Thrain fils de Sigfus, puis Ulf godi d'Ör, puis Valgard le rusé, puis Mörd et Runolf, puis les fils de Sigfus. Lambi venait le dernier. À côté de Gunnar, vers le dehors, s'assit Njal, puis Skarphjedin, puis Helgi, puis Grim, puis Höskuld, puis Haf le sage, puis Ingjald de Kelda, puis les fils de Thorir, qui venaient de l'est, de Holti. Thorir voulut être le dernier parmi les hôtes d'importance; et ainsi chacun trouva bon d'être assis où il était.

Höskuld s'était assis en face au milieu du banc et ses fils après lui, vers le dedans. Hrut était à côté d'Höskuld, vers le dehors. Et on n'a pas dit comment les autres étaient rangés.

La fiancée était assise au milieu du banc du fond. Elle avait d'un côté sa fille Thorgerd. De l'autre côté s'assit Thorhalla fille d'Asgrim fils d'Ellidagrim. Thorhild s'occupait des hôtes, et elle et Bergthora mettaient les viandes sur la table. Thrain fils de Sigfus dévorait des yeux Thorgerd fille de Glum. Sa femme Thorhild voit cela. Elle se met en colère et lui chante ce couplet:

«Te voilà bouche béante, Thrain. Tes yeux vont de travers».

Thrain se leva de table aussitôt. Il nomma des témoins et se déclara séparé de Thorhild: «Je ne veux plus, dit-il, de ses vers moqueurs ni des mauvaises paroles qu'elle me dit». Et il était si fort en colère qu'il ne voulut pas rester à la noce, si on ne la renvoyait: ainsi fit-on et elle s'en alla.

Et maintenant les hommes étaient assis, chacun à sa place, et ils buvaient et étaient joyeux. Alors Thrain se mit à dire: «Je n'ai pas besoin de parler en secret de ce que j'ai en tête: je veux te demander ceci, Höskuld fils de Dalakol: veux-tu me donner en mariage Thorgerd ta petite-fille?»--«Je ne sais pas, dit Höskuld, il me semble qu'il y a peu de temps que tu t'es séparé de celle que tu avais avant; et puis quel homme est-il, Gunnar?» Gunnar répondit: «Je ne veux pas parler de lui, car il est de ma famille. Mais parle, toi, Njal, et tous te croiront». Njal dit: «Voilà ce qu'il y a à dire de cet homme: Il est riche en biens, et accompli en toutes choses, et c'est un homme de grande importance; et à cause de cela vous pouvez bien entrer en marché avec lui». Alors Höskuld dit: «Que te semble de ceci, Hrut, mon frère?» Hrut répondit: «Tu peux bien faire le marché, c'est un bon parti pour elle.» Ils parlent donc ensemble des conditions du marché, et ils sont bientôt d'accord sur toutes choses.

Alors Gunnar se leva, et Thrain aussi, et ils allèrent vers le banc du fond. Gunnar demanda à la mère et à la fille si elles voulaient dire oui à ce marché. Elles dirent qu'elles n'avaient pas envie de le rompre, et Halgerd fiança sa fille Thorgerd. Alors les femmes changèrent entre elles. Thorhalla s'assit entre les deux fiancées. La noce continua joyeusement. Et quand ce fut fini, Höskuld et les siens montèrent à cheval et s'en allèrent à l'ouest, et ceux de la Ranga retournèrent dans leur pays. Gunnar fit à beaucoup de gens de beaux présents, et cela le rendit très considéré. Halgerd prit la haute main sur la maison et elle était avide et querelleuse. Thorgerd gouvernait à Grjota, et c'était une bonne ménagère.


XXXV