Après cela il revient à la maison et conte le meurtre à Halgerd. «Grand bien t'en fasse, dit-elle; et je vais prendre soin de toi en sorte qu'il ne t'arrivera point de mal.»--«Il se peut, dit-il, et pourtant c'est autre chose que j'ai rêvé avant de faire le coup.»
Et maintenant les gens arrivent dans le bois et trouvent Svart tué et le rapportent à la maison.
Halgerd envoya un homme au ting, pour dire le meurtre à Gunnar. Gunnar ne dit pas un mot de blâme sur Halgerd devant le messager, et les gens ne savaient pas si cela lui semblait bien ou mal. Un peu après il se leva et dit à ses hommes de venir avec lui.
Ainsi firent-ils, et ils allèrent à la hutte de Njal. Gunnar envoya un homme dire à Njal de sortir. Njal sortit aussitôt, et ils se mirent à parler, Gunnar et lui. Gunnar dit: «J'ai à t'annoncer un meurtre: c'est Halgerd ma femme qui a fait faire cela, et c'est Kol mon intendant qui a tué l'homme, mais celui qui a été tué est Svart ton serviteur.» Njal se taisait, pendant que Gunnar contait l'histoire. Alors il dit: «Prends garde de la laisser faire à sa tête en toutes choses.» Gunnar dit: «Prononce toi-même la sentence.» Njal dit: «Tu auras de la peine à payer l'amende pour tous les mauvais tours d'Halgerd; et une autre fois cela laissera plus de traces qu'ici, où c'est entre nous deux; ici même il s'en faudra de beaucoup que tout soit bien; et nous aurons besoin de nous rappeler tous deux les bonnes paroles d'autrefois; je prévois que tu t'en tireras; et pourtant tu en auras de grands ennuis.»
Njal prononça lui-même la sentence, comme Gunnar le lui offrait; il dit: «Je ne pousserai pas les choses à l'extrême dans cette affaire: tu payeras douze onces d'argent; mais j'ajouterai ceci: s'il vient de chez nous quelque chose sur quoi vous ayez à prononcer, il ne faudra pas nous faire de plus mauvaises conditions.» Gunnar dit que c'était juste. Il compta la somme, et après cela il monta à cheval et retourna chez lui.
Njal revint du ting et ses fils avec lui. Bergthora vit l'argent et dit: «Voilà une affaire bien arrangée; niais il faudra en payer autant pour Kol avant qu'il soit longtemps.»
Gunnar revint du ting et fit des reproches à Halgerd. Elle dit que bien des hommes qui valaient mieux que Svart étaient sous terre sans qu'on eût payé d'amende pour eux. «Mène tes entreprises comme tu l'entends, dit Gunnar, mais c'est à moi de décider comment il faut arranger l'affaire.» Halgerd ne cessait de se vanter du meurtre de Svart et Bergthora n'aimait pas cela.
Njal alla à Thorolfsfell, et ses fils avec lui, pour visiter son domaine. Ce même jour il arriva que Bergthora était dehors; elle vit un homme qui venait vers la maison, monté sur un cheval noir. Elle resta là, sans rentrer. Elle ne connaissait pas cet homme. Il avait un épieu à la main, et une épée courte pendait à son côté. Elle lui demanda son nom. «Je m'appelle Atli» dit-il. Elle demanda d'où il était. «Je suis du pays des fjords de l'est» dit-il.--«Où vas-tu?» dit-elle. «Je suis sans domicile, dit-il, et je venais trouver Njal et Skarphjedin, et savoir s'ils voudraient me prendre chez eux.»--«Que saurais-tu bien faire?» dit-elle. «Je travaille aux champs, et je sais faire encore bien d'autres choses, dit-il, mais je ne te cacherai pas que je suis d'un naturel violent, et je suis cause que bien des gens ont eu des blessures à bander.»--«Je ne te blâmerai pas de n'être pas un poltron» dit Bergthora. Atli dit: «As-tu donc quelque chose à dire ici?»--«Je suis la femme de Njal, dit-elle, et je puis prendre des serviteurs aussi bien que lui».--«Veux-tu me prendre?» dit-il.--«Je le ferai, dit-elle, à une condition, c'est que tu feras tout ce que je te commanderai, quand même je t'enverrais tuer un homme.»--«Tu ne manques pas de gens à tes ordres, dit-il, et tu n'as pas besoin de moi pour cela.»--«Je ferai en cela comme je l'entendrai,» dit-elle.--«Faisons donc le marché de la manière que tu veux» dit-il. Et elle le prit à son service.
Njal revint et ses fils avec lui. Njal demanda à Bergthora qui était cet homme. «C'est ton serviteur, dit-elle, et je l'ai pris à mon service, parce qu'il a l'air prompt à la besogne.»--«Il se peut qu'il en fasse beaucoup, dit Njal, mais je ne sais si elle sera bonne.» Skarphjedin prit Atli en amitié.
Quand vint l'été, Njal alla au ting, et ses fils avec lui. Gunnar était au ting. Comme il quittait sa maison, Njal prit une bourse pleine d'argent. «Quel argent est-ce là, père?» demanda Skarphjedin. «C'est l'argent, dit Njal, que Gunnar m'a payé pour notre serviteur l'été dernier.»--«Il te servira à quelque chose», dit Skarphjedin, et il riait en disant cela.