XXXVII

Voici maintenant ce qui arriva à la maison de Njal. Atli demanda à Bergthora ce qu'il ferait ce jour là. «J'ai de l'ouvrage pour toi, dit-elle, tu vas aller chercher Kol jusqu'à ce que tu le trouves; car il faut que tu le tues aujourd'hui, si tu veux faire ma volonté».--«Cela se trouve bien, dit Atli, car nous sommes tout deux de méchants vauriens. Je vais m'y prendre de telle sorte qu'un de nous deux mourra».--«Bonne chance, dit Bergthora; tu n'auras pas travaillé pour rien».

Il alla prendre ses armes et son cheval, et partit. Il chevaucha jusqu'au Fljotshlid, là il rencontra des hommes qui venaient de Hlidarenda. C'étaient des habitants de Mörk, dans l'est. Ils demandèrent à Atli où il allait. Il dit qu'il courait après une vieille rosse. «C'est une petite besogne pour un homme comme toi, dirent-ils, mais il faudrait demander à ceux qui ont été sur pied cette nuit».--«Qui sont-ils» dit Atli.--«Kol l'assassin, le serviteur d'Halgerd, dirent-ils; il vient du pâturage et il a veillé toute la nuit».--«Je ne sais si j'oserai aller le trouver, dit Atli; il a mauvais caractère, et le dommage d'autrui devrait me rendre prudent».--«Tes yeux disent pourtant, répondirent-ils, que tu n'as pas peur de grand'chose» et ils lui montrèrent où était Kol.

Alors Atli donne des éperons à son cheval et part à toute vitesse. Il rencontre Kol et lui dit: «La besogne avance-t-elle?»--«Cela ne te regarde pas, vaurien, répond Kol, ni aucun de ceux qui sont là d'où tu viens».--«Il te reste encore à faire le plus dur, dit Atli, c'est de mourir». Et après cela Atli pointa son épieu sur lui, et l'atteignit au milieu du corps. Kol avait brandi sa hache et l'avait manqué. Il tomba de cheval et mourut sur le champ.

Atli se remit en route. Il rencontra des gens d'Halgerd et leur dit: «Allez là-bas où est le cheval, et occupez-vous de Kol. Il est tombé de cheval, et il est mort».--«Est-ce-toi qui l'as tué?» dirent-ils. Il répondit: «Halgerd pensera bien qu'il ne s'est pas tué tout seul». Après cela il retourna à la maison et dit le meurtre à Bergthora. Bergthora approuve son ouvrage, et les paroles qu'il a dites. «Je ne sais, dit Atli, ce qu'en pensera Njal».--«Il en prendra son parti, dit-elle, et je vais t'en donner une preuve: il a emporté au ting l'argent que nous avons reçu pour l'esclave l'été passé; et maintenant cet argent va servir pour Kol. Mais l'arrangement fait, tu feras bien pourtant de prendre garde à toi; car Halgerd ne gardera jamais de paix jurée».--«Enverras-tu quelqu'un à Njal, dit Atli, pour lui dire la chose?»--«Non, dit-elle, j'aimerais mieux qu'il n'y eût pas d'amende à payer pour Kol». Et ils n'en dirent pas davantage.

On dit à Halgerd le meurtre de Kol et les paroles d'Atli. Elle dit qu'Atli aurait sa récompense, et elle envoya un homme au ting pour dire à Gunnar le meurtre de Kol. Gunnar ne répondit pas grand'chose et envoya un homme le dire à Njal. Njal ne répondit rien: «Nos esclaves sont d'autres hommes qu'au temps passé, dit Skarphjedin; ils se battaient alors, et personne ne s'en inquiétait; maintenant il faut qu'ils se tuent» et il riait.

Njal prit la bourse pleine d'argent qui pendait à un clou dans la hutte, et sortit. Ses fils étaient avec lui. Ils allèrent à la hutte de Gunnar. Skarphjedin dit à un homme qui était debout à la porte de la hutte: «Va dire à Gunnar que mon père veut lui parler». L'homme le dit à Gunnar. Gunnar sortit aussitôt et fit bon accueil à Njal et à ses fils. Ensuite ils entrèrent en conversation. «C'est une mauvaise chose, dit Njal, que ma femme ait rompu la paix et fait tuer ton serviteur».--«Elle n'en aura pas de reproches de moi» dit Gunnar.--«Prononce toi-même la sentence» dit Njal--«Je le ferai, dit Gunnar; mettons-les tous deux, Svart et Kol, au même prix l'un que l'autre: tu me paieras douze onces d'argent». Njal prit la bourse pleine d'argent et la remit à Gunnar. Gunnar reconnut l'argent, et c'était le même qu'il avait payé à Njal. Njal retourna à sa hutte, et ils furent après cela aussi bons amis qu'avant.

Quand Njal revint chez lui, il fit des reproches à Bergthora. Elle répondit qu'elle ne céderait jamais devant Halgerd.

Halgerd fit de grands reproches à Gunnar pour avoir fait la paix au sujet du meurtre. Gunnar dit qu'il ne se brouillerait jamais avec Njal ni avec ses fils. Elle se fâcha beaucoup. Gunnar n'y fit pas attention. Ils passèrent ainsi une demi-année, sans que rien de nouveau arrivât.