XLII
Sigmund revint de l'est, et son compagnon avec lui. Halgerd leur dit que Thord était à Bergthorshval, mais qu'il partirait pour le ting dans peu de jours. «L'occasion est bonne, dit-elle, si vous la laissez passer, vous ne pourrez plus arriver jusqu'à lui».
Il vint des gens à Hlidarenda qui avaient passé à Thorolfsfell, et ils dirent à Halgerd que Thord était là. Halgerd alla trouver Thrain et Sigmund et leur dit: «Voici que Thord est à Thorolfsfell; il faut que vous le tuiez, quand il retournera chez lui».--«C'est ce que nous ferons» dit Sigmund. Ils sortirent, prirent leurs armes et montèrent à cheval, et s'en allèrent à sa rencontre sur la route. Sigmund dit à Thrain: «Il ne faut pas que tu t'en mêles; car il n'est pas besoin de nous tous».--«C'est mon avis» dit Thrain.
Bientôt après, voici que Thord arriva, chevauchant vers eux. Sigmund lui dit: «Rends tes armes; car tu vas mourir».--«Non pas, dit Thord, viens te battre avec moi en combat singulier».--«Je ne veux pas, dit Sigmund, il faut profiter de ce que nous sommes plusieurs. Je ne m'étonne pas que Skarphjedin soit si brave: car on dit que la bravoure d'un homme vient pour un quart de son père nourricier».--«Tu le verras bien, dit Thord, car Skarphjedin me vengera». Après cela ils tombèrent sur lui, et il leur brisa à chacun une lance, tant il se défendait bien. Alors Skjöld lui emporta la main d'un coup d'épée, et il se défendit avec l'autre quelque temps; à la fin Sigmund lui passa sa lance au travers du corps. Il tomba à terre, mort. Ils le couvrirent de gazon et de pierres. Thrain dit: «Nous avons fait de mauvaise besogne, et les fils de Njal prendront mal ce meurtre quand ils l'apprendront».
Ils revinrent à la maison et le dirent à Halgerd. Elle fut contente d'apprendre le meurtre. Ranveig, la mère de Gunnar, dit: «Tu sais, Sigmund, ce qu'il est dit: la main ne se réjouit pas longtemps du coup qu'elle a donné; il en sera ainsi encore cette fois. Et pourtant Gunnar te tirera de cette affaire. Mais si Halgerd te persuade de faire une autre sottise, ce sera ta mort».
Halgerd envoya un homme à Bergthorshval pour dire le meurtre. Et elle en envoya un autre au ting pour le dire à Gunnar. Bergthora dit qu'elle n'aurait garde de dire des injures à Halgerd; que ce n'était pas là la vengeance qu'il fallait à une si grosse affaire.
XLIII
Quand le messager arriva au ting, et dit le meurtre à Gunnar, Gunnar dit: «Voilà de mauvaises paroles; et jamais il n'est venu de nouvelle à mes oreilles qui me semblât plus fâcheuse. Mais il nous faut aller trouver Njal sur le champ; j'espère qu'il le prendra bien, quoique ce soit un grand coup pour lui».
Ils allèrent trouver Njal et lui firent dire de venir leur parler. Il vint de suite trouver Gunnar. Ils parlèrent ensemble, et il n'y avait d'abord nul homme présent que Kolskegg. «J'ai à te dire une dure nouvelle, dit Gunnar, le meurtre de Thord le fils de l'affranchi. Je viens t'offrir de prononcer toi-même la sentence». Njal se tut quelque temps, après quoi il dit: «Voilà une offre bien faite, et il faut que je l'accepte. Cependant il est à prévoir que j'en aurai des reproches de ma femme et de mes fils, car cela leur déplaira fort. Mais j'en courrai le risque, car je sais que j'ai affaire à un brave homme, et je ne veux pas qu'il vienne de mon côté le moindre accroc à notre amitié».--«Veux-tu qu'un de tes fils soit présent?» dit Gunnar.--«Non, dit Njal; ils ne rompront pas la paix que je ferai; mais s'ils étaient présents, ils n'y voudraient pas consentir».--«Qu'il en soit donc ainsi, dit Gunnar, prononce-toi seul». Ils se prirent par la main, et firent leur paix, vite et bien. Alors Njal dit: «Voici ma sentence; deux cents d'argent; tu trouveras que c'est beaucoup».--«Je ne trouve pas que ce soit trop» dit Gunnar, et il retourna dans sa hutte.