Et voici que les hommes quittèrent le ting et rentrèrent chez eux, et il en vint beaucoup à Hlidarenda. Halgerd apportait les vivres sur la table, et il arriva du beurre et du fromage. Gunnar savait qu'il n'y avait chez lui rien de semblable, et il demanda à Halgerd d'où cela venait. «L'endroit d'où cela vient est tel que tu peux t'en régaler, dit Halgerd; au reste ce n'est pas aux hommes à s'occuper des provisions.» Gunnar entre en colère et dit: «Voilà qui va mal si je suis à présent un receleur de vols,» et il lui donna un soufflet sur la joue. Elle dit qu'elle lui ferait payer ce soufflet, si elle pouvait. Alors elle s'en alla, et lui avec elle; on emporta tout ce qu'il y avait sur la table et on apporta de la viande. Et tous pensèrent qu'on l'avait apportée parce qu'on se l'était procurée de meilleure façon.

Et maintenant les gens du ting retournent chez eux.


XLIX

Il faut maintenant parler de Skamkel. Il chevauche le long de la Ranga, cherchant ses moutons; voici qu'il voit briller quelque chose sur le chemin. Il saute à terre et le ramasse: c'était le couteau et la ceinture. Il lui semble qu'il connaît l'un et l'autre, et il vient à Kirkjubæ. Otkel est là, qui se tient dehors et qui lui fait bon accueil. Skamkel lui dit: «Connais-tu ces précieux objets?»--«Certainement je les connais», dit Otkel.--«À qui sont-ils?» dit Skamkel.--«À Melkolf l'esclave» dit Otkel.--«Il faut que d'autres que nous deux les reconnaissent» dit Skamkel, car tu peux compter que je vais t'aider en ceci.» Ils montrèrent les choses à plusieurs, et tous les reconnurent. Alors Skamkel dit: «Qu'allons-nous faire à présent?» Otkel répondit: «Il faut que nous allions trouver Mörd, fils de Valgard; nous lui montrerons les choses et nous saurons ce qu'il nous conseille de faire.»

Après cela ils partirent pour Hofi et montrèrent à Mörd les choses, et lui demandèrent s'il les reconnaissait. «Oui, dit-il, qu'est-ce que cela fait? Prétendez-vous avoir quoi que ce soit à démêler avec Hlidarenda?»--«Il est dangereux, dit Skamkel, d'avoir des affaires avec des hommes aussi puissants».--«Cela est certain, dit Mörd, et pourtant je sais des choses sur la vie et sur la maison de Gunnar, que nul de vous ne sait».--«Nous te donnerons de l'argent, dirent-ils, pour que tu conduises cette affaire». Mörd répondit: «Je paierai bien cher cet argent-là; il se peut cependant que je risque l'aventure». Après cela ils lui donnèrent trois marks d'argent, pour qu'il leur prêtât ses conseils et son aide. Il leur conseilla donc d'envoyer des femmes avec de menues marchandises qu'elles offriraient aux femmes dans chaque maison, pour voir ce qu'on leur donnerait en échange: «Car chacun est ainsi fait, dit Mörd, qu'on se débarrasse d'abord du bien volé quand on en a en sa possession. Et il en sera de même ici si c'est une main d'homme qui a mis le feu. Elles me montreront alors ce qu'on aura donné à chacune d'elles dans chaque maison. Et je veux qu'on me laisse tranquille sur cette affaire, dès que la lumière sera faite sur le vol». Ils le promirent. Après cela ils retournèrent chez eux.

Mörd envoya des femmes dans tous les cantons, et elles furent en route un demi-mois. Elles revinrent, et elles avaient toutes sortes de choses. Mörd demanda où on leur avait donné le plus. Elles dirent que c'était à Hlidarenda qu'on leur avait donné le plus, et que Halgerd avait fait grandement les choses. Il demanda ce qu'elle leur avait donné. «Du fromage», dirent-elles. Il demanda à le voir. Elles le lui montrèrent, et il y en avait beaucoup de morceaux. Il les prit, et les garda avec soin.

Quelque temps après, Mörd alla trouver Otkel. Il le pria d'aller chercher le moule à fromages de Thorgerd; et ainsi fut fait. Il mit les morceaux au fond du moule, et ils s'y ajustaient exactement. Ils virent donc qu'on avait donné aux femmes un fromage tout entier. Alors Mörd dit: «Vous voyez à présent que c'est Halgerd qui a volé le fromage». Et ils furent tous du même avis. Mörd dit encore qu'il ne voulait plus entendre parler de cette affaire. Ils se séparèrent là-dessus.

Kolskegg vint trouver Gunnar et lui dit: «C'est fâcheux à dire; il court un bruit qu'Halgerd aurait volé, et fait ce grand dommage à Kirkjubæ». Gunnar dit qu'il croyait qu'il en était ainsi. «Mais que veux-tu que je fasse?» Kolskegg répondit: «Je suppose qu'on pense que c'est à toi, comme au plus proche, à payer pour les méfaits de ta femme; et mon avis est que tu ailles trouver Otkel et que tu lui offres une bonne amende».--«C'est bien parlé, dit Gunnar, et ainsi je ferai».

Quelque temps après, Gunnar envoya chercher Thrain, fils de Sigfus, et Lambi, fils de Sigurd, et ils vinrent aussitôt. Gunnar leur dit où il voulait aller, et ils le trouvèrent bon. Gunnar monta à cheval avec douze hommes. Il vint à Kirkjubæ et appela Otkel au dehors. Skamkel était là; il dit: «Je vais aller dehors avec toi; car il s'agit maintenant d'être plus avisé qu'eux; et je veux être à ton côté quand tu seras dans l'embarras, comme en ce moment. Mon avis est que tu fasses le fier».