LX
Asgrim fils d'Ellidagrim avait un procès à poursuivre devant le ting. C'était une affaire d'héritage. Il avait pour adversaire dans ce procès Ulf fils d'Uggi. Il arriva à Asgrim, ce qui lui était arrivé rarement, qu'il y avait un de cas de nullité dans son affaire. Et la nullité consistait en ceci qu'il avait nommé quatre jurés là où il avait à en nommer neuf. Les autres avaient donc ce cas de nullité pour eux. Alors Gunnar dit: «Je te défie en combat singulier dans l'île, Ulf fils d'Uggi, puisqu'il n'y a plus moyen de se faire rendre justice.»--«Ce n'est pas à toi que j'ai à faire» dit Ulf.--«Cela revient au même, dit Gunnar; Njal et Helgi mon ami seront d'avis que je dois prendre en main la cause d'Asgrim, quand ils ne sont pas là.» Et le procès finit de telle sorte, qu'Ulf eut à payer toute la somme. Alors Asgrim dit à Gunnar: «Je t'invite à venir chez moi cet été, et je serai avec toi dans toutes les querelles et jamais contre toi.»
Gunnar quitta le ting, et retourna chez lui. À quelque temps de là, ils se rencontrèrent, lui et Njal. Njal pria Gunnar de se tenir sur ses gardes. Il avait ouï dire que ceux de Trihyrning méditaient de marcher contre lui, et il l'engagea à ne jamais sortir sans être en nombre, et à porter toujours ses armes avec lui. Gunnar dit qu'ainsi ferait-il. Il dit à Njal qu'Asgrim l'avait invité chez lui: «et mon intention, ajouta-t-il, est d'y aller cet automne.»--«Que personne ne le sache avant ton départ, dit Njal; ni combien de temps tu resteras au loin. Je t'offrirai en outre que mes fils fassent le chemin avec toi. De la sorte il est à croire qu'ils ne t'attaqueront pas.» Ils convinrent donc qu'il en serait ainsi.
L'été se passa, et voici qu'il n'y avait plus que huit semaines jusqu'à l'hiver. Alors Gunnar dit à Kolskegg: «Apprête-toi à partir, car nous allons à Tunga, où nous sommes invités.»--« Ne le ferai-je pas dire aux fils de Njal?» dit Kolskegg.--«Non, dit Gunnar, il ne faut pas qu'il leur arrive malheur à cause de moi.»
LXI
Ils chevauchaient tous trois, Gunnar et ses frères. Gunnar avait sa hallebarde et son épée, présent d'Ölvir. Kolskegg avait sa hache. Hjört aussi était armé jusqu'aux dents. Ils arrivèrent à Tunga. Asgrim leur fit bon accueil, et ils furent là quelque temps. À la fin ils annoncèrent qu'ils voulaient retourner chez eux. Asgrim leur fit de beaux présents et offrit de faire route avec eux pour le pays de l'Est. Gunnar dit qu'il n'avait besoin de personne, et Asgrim ne partit pas.
Il y avait un homme nommé Sigurd Svinhöfdi. Il arriva à Trihyrning. Il demeurait près de la Thjorsa, et il avait promis de les avertir quand passerait Gunnar. Il leur dit donc que Gunnar était en route, et qu'il n'y aurait jamais chance plus belle: «car ils ne sont que trois»--«Combien nous faut-il d'hommes pour le surprendre?» dit Starkad. «Il ne faut pas de petites gens, qui seraient trop peu de chose pour lui, dit Sigurd; et il ne serait pas sage d'avoir moins de trente hommes.»--«Où l'attendrons nous?» dit Starkad.--«À Knafahola, dit Sigurd. Là il ne vous verra qu'une fois tombé au milieu de vous»--«Va à Sandgil, dit Starkad, et dis-leur d'en partir quinze, et nous, nous viendrons quinze autres à Knafahola.» Thorgeir dit à Hildigunn: «Cette main que tu vois te montrera ce soir Gunnar mort.»--«Et moi je crois, dit-elle, que tu auras la tête basse après votre rencontre.»
Ils partirent donc de Trihyrning, le père et ses trois fils, et onze autres hommes. Ils allèrent à Knafahola, et là, ils attendirent.