«Parmi ceux qui jettent l'or à pleines mains sur la terre d'Islande, aucun ne s'est acquis, aux temps païens, plus de gloire que Gunnar. Il a pris, le briseur de casques, deux vies dans le combat. Ses armes en ont blessé douze, et quatre autres encore.»

«Nous avons mis par terre un vaillant guerrier, dit Gissur; il nous en a coûté bien de la peine, et on se rappellera sa défense tant qu'il y aura des habitants dans ce pays.» Puis il alla trouver Ranveig: «Veux-tu, lui dit-il, accorder de la terre à nos deux hommes qui sont morts, pour qu'on leur élève ici un tombeau?»--«Je l'accorde d'autant mieux pour ces deux-là, dit-elle, que je voudrais faire de même pour vous tous.»--«Tu es excusable de parler ainsi, dit-il, car tu as fait une grande perte.» Et il défendit de rien piller ni dévaster. Après cela ils s'en allèrent.

Thorgeir fils de Starkad dit: «Nous ne pouvons pas rester chez nous, à cause des fils de Sigfus, si toi Gissur le blanc, ou bien Geir le Godi, ne restez quelque temps avec nous dans le Sud.»--«C'est ce que nous ferons,» dit Gissur; ils tirèrent au sort, et ce fut Geir qui eut à rester. Il vint à Od, et s'y établit. Il avait un fils appelé Hroald. C'était un fils bâtard, sa mère s'appelait Bjartey et était sœur de Thorvald le faible, qui fut tué à Hestlæk sur le Grimsnes. Hroald se vantait d'avoir donné à Gunnar le coup de la mort. Il était à Od avec son père.

Thorgeir fils de Starkad se vantait d'une autre blessure qu'il avait faite à Gunnar.

Gissur était rentré chez lui, à Mosfell. La nouvelle du meurtre de Gunnar se répandit dans tous les cantons. Partout on disait que c'était mal fait, et bien des gens avaient grande douleur de sa mort.


LXXVIII

Njal prit fort à cœur la mort de Gunnar, et les fils de Sigfus aussi. Ils demandèrent à Njal s'il pensait qu'on pût porter plainte pour le meurtre de Gunnar, et citer en justice ceux qui l'avaient tué. Il dit que cela ne se pouvait pas, Gunnar ayant été mis hors la loi; qu'il valait mieux faire quelque brèche à leur gloire, et venger Gunnar en tuant quelques-uns d'entre les meurtriers.

Ils élevèrent un tombeau à Gunnar, et le placèrent assis dans le tombeau. Ranveig ne voulut pas qu'on y mit sa hallebarde; «celui-là seul l'aura, dit-elle, qui vengera Gunnar.» Et personne ne la prit. Elle était fort en colère contre Halgerd, et peu s'en fallut qu'elle ne la tuât, disant qu'elle était cause de la mort de son fils. Halgerd s'enfuit à Grjota avec son fils Grani. On fit alors le partage des biens: Högni prit la terre de Hlidarenda avec le domaine, et Grani eut les terres données à bail.

Il arriva à Hlidarenda, qu'un berger et une servante conduisaient du bétail près du tombeau de Gunnar. Il leur sembla qu'il était joyeux, et qu'il chantait dans son tombeau. Ils allèrent le dire à Ranveig sa mère; elle les envoya à Bergthorshval, dire la chose à Njal. Ils y allèrent, et Njal se le fit répéter trois fois. Après quoi il parla longtemps à voix basse avec Skarphjedin. Puis Skarphjedin prit sa hache et s'en alla avec les autres à Hlidarenda. Högni et Ranveig le reçurent très bien, et eurent grande joie de le voir. Ranveig le pria de rester longtemps, et il le promit. Lui et Högni étaient toujours ensemble, au dedans comme au dehors.