Högni était un homme vaillant et bon, mais méfiant, c'est pourquoi on n'avait pas osé lui dire le prodige.
Ils étaient tous deux dehors, un soir, Skarphjedin et Högni, près du tombeau de Gunnar, du côté du Sud. Il faisait clair de lune, et de temps en temps un nuage passait. Et voici qu'il leur sembla que le tombeau était ouvert, et Gunnar s'était tourné dans le tombeau et il regardait la lune. Ils crurent voir aussi quatre lumières allumées dans le tombeau, et aucune ne jetait d'ombre. Gunnar était gai, et la joie était peinte sur son visage. Il se mit à chanter, à voix si haute, qu'ils l'entendaient distinctement, quoiqu'ils fussent loin:
«Celui qu'on voyait dans le combat, la face brillante, et le cœur hardi, il est mort, le père de Högni, celui qui faisait pleuvoir les blessures. Quand, revêtu de son casque, il a pris ses armes pour combattre, il a dit: Plutôt mourir que céder, plutôt mourir que céder jamais.»
Et après, le tombeau se referma. «Croirais-tu cela, dit Skarphjedin, si d'autres te le disaient?»--«Je le croirais, dit Högni, si Njal me le disait; car on dit qu'il n'a jamais menti.»--«De tels prodiges signifient bien des choses, dit Skarphjedin; Gunnar s'est montré à nous, lui qui a mieux aimé mourir que de céder à ses ennemis: c'est un conseil qu'il nous donne.»--«Je n'arriverai à rien, à moins que tu ne veuilles m'aider» dit Högni.--«Et moi, dit Skarphjedin, je me rappellerai comment Gunnar s'est comporté après le meurtre de votre parent Sigmund. Et je te donnerai toute l'aide que je pourrai. Mon père l'a promis à Gunnar, toutes les fois que toi, ou sa mère, vous en auriez besoin.»
Après cela, ils retournèrent à Hlidarenda.
LXXIX
Skarphjedin dit: «Il nous faut partir cette nuit même; car s'ils apprennent que je suis ici, ils se tiendront sur leurs gardes.»--«Je ferai comme tu voudras» dit Högni.
Ils prirent leurs armes quand tous les gens furent au lit. Högni décroche la hallebarde, et il y a une grande voix qui chante en elle. Ranveig saute sur ses pieds, en grande colère: «Qui touche à la hallebarde, dit-elle, quand j'ai défendu que personne en approche?»--«Je veux l'apporter à mon père, dit Högni, pour qu'il l'ait avec lui dans le Valhal, et qu'il la montre dans l'assemblée des guerriers.»--«Il faut d'abord la porter toi-même, dit-elle, et venger ton père; car voici qu'elle nous annonce la mort d'un homme, ou même de plusieurs.» Après cela, Högni sortit, et dit à Skarphjedin les paroles de sa grand'mère. Ils s'en allèrent à Od. Deux corbeaux les suivaient en volant tout le long du chemin. Quand ils furent à Od, il faisait encore nuit. Ils chassèrent le bétail vers la maison. Hroald et Tjörvi sortirent, et repoussèrent les bêtes dans le chemin creux. Ils étaient armés. Skarphjedin saute sur eux en disant: «Pas n'est besoin de réfléchir; c'est bien comme il te semble, et il y a des hommes ici.» Et il donne à Tjörvi le coup de la mort. Hroald avait un épieu à la main. Högni court à lui. Hroald pointe son épieu contre Högni. Högni fend le manche en deux avec la hallebarde, et la lui passe au travers du corps. Après quoi ils laissent là les morts et s'en vont en hâte à Trihyrning.
Skarphjedin monte sur le toit, et se met à arracher l'herbe; et ceux qui étaient dedans crurent que c'était le bétail. Starkad et Thorgeir prirent leurs armes et leurs vêtements, et sortirent, faisant le tour de la palissade. Quand Starkad vit Skarphjedin, il eut peur, et voulut retourner. Skarphjedin le frappe, et l'étend mort devant la palissade. Au même moment Högni joint Thorgeir et le tue d'un coup de hallebarde. Après cela ils s'en vont à Hof.