Les fils de Njal demandèrent à Kari de venir avec eux à Grjota. Il dit qu'il voulait bien: «Car il est bon, ajouta-t-il, que vous entendiez la réponse de Thrain. Ils se préparèrent donc, les quatre fils de Njal, et Kari le cinquième. Ils partent pour Grjota. Il y avait devant la maison un large porche, où nombre d'hommes pouvaient se ranger. Une femme qui était dehors les vit venir et le dit à Thrain. Il donna ordre à ses hommes de se mettre sous le porche et de prendre leurs armes. Ainsi firent-ils. Thrain était au milieu, devant la porte. À ses côtés se tenaient Hrap le meurtrier et Grani, fils de Gunnar, après eux Gunnar, fils de Lambi, puis Lodin et Tjörvi, puis Lambi fils de Sigurd, puis le reste; car tous les hommes étaient à la maison.

Skarphjedin et les siens s'avancent. Il vient le premier, puis Kari, puis Höskuld, puis Grim, puis Helgi. Et quand ils furent devant la porte, aucun de ceux qui étaient là ne leur fit de salut: «Soyons tous les bienvenus» dit alors Skarphjedin.

Halgerd était sous le porche, et elle parlait tout bas à Hrap: «Nul de ceux qui sont ici ne vous appellera bienvenus» dit-elle.--«Je me soucie peu de tes paroles, dit Skarphjedin, car tu n'es qu'une femme de rien et une prostituée.» Et Skarphjedin chanta.

«Tes paroles, femme couverte d'or, ne viennent pas jusqu'à nous, des guerriers tels que nous sommes; je vais nourrir aujourd'hui les loups et les aigles. Tu n'es qu'une femme qu'on jette dans un coin, une coureuse, et une prostituée. Nous, quand nous courons la mer sur nos vaisseaux, nous sommes de la race d'Odin.»

«Tu me paieras cela avant de t'en retourner» dit Halgerd.

Alors Helgi prit la parole et dit: «Je suis venu te demander, Thrain, si tu veux m'offrir quelque dédommagement pour les maux que j'ai soufferts en Norvège à cause de toi.» Thrain répondit: «Je ne savais pas encore que toi et tes frères vous faisiez argent de votre bravoure. Jusqu'à quand allez-vous me réclamer cette amende?»--«Bien des gens sont d'avis que tu nous dois un accommodement, dit Helgi, car ta vie était en jeu alors.»--«C'est la chance qui a décidé, dit Hrap, et ceux-là ont eu les coups qui devaient les avoir; les mauvais traitements ont été pour vous, et nous nous en sommes tirés.»--Mauvaise chance pour Thrain, dit Helgi, d'avoir rompu sa foi envers le jarl, en se chargeant de toi.»--«Ne vas-tu pas me réclamer une amende aussi? dit Hrap; je vais te payer de la bonne façon.»--«Si nous avons des démêlés, dit Helgi, ce n'est pas toi qui en profiteras.»--«Ne perds pas ton temps à parler à Hrap, dit Skarphjedin, change lui plutôt sa peau grise contre une rouge.»--«Tais-toi, Skarphjedin, dit Hrap; je ne me ferai pas faute de te jeter ma hache à la tête.»--«On verra bien, dit Skarphjedin, qui de nous deux mettra des pierres sur la tête de l'autre.»--«Partez d'ici, gens à la barbe de fumier, cria Halgerd; c'est ainsi que nous vous appellerons toujours à présent; et votre père, le drôle sans barbe.» Et avant qu'ils fussent partis tous les autres avaient redit les paroles d'Halgerd, hormis Thrain. Il leur défendit de les répéter.

Les fils de Njal s'en allèrent, et revinrent à la maison. Ils dirent à leur père ce qui s'était passé, «Avez vous pris des témoins des paroles qui ont été dites?» demanda Njal.--«Aucun, dit Skarphjedin; nous n'avons nulle envie de poursuivre l'affaire autrement que par les armes.»--«Personne ne croira que vous osiez lever la main» dit Bergthora.--«Attends, femme, dit Kari, avant d'exciter tes fils; ils ont assez envie d'aller de l'avant». Après cela, ils parlèrent encore longtemps, tous, à voix basse, le père, les fils, et Kari.


XCII

On commençait à parler beaucoup de cette querelle, et tous étaient d'avis qu'au point où on en était, il n'y avait plus à l'étouffer.