Il y avait un homme nommé Lyting. Il habitait à Samstad. Il avait une femme nommée Steinvör. Elle était fille de Sigfus, et sœur de Thrain. Lyting était de grande taille, fort, et riche en biens, mais c'était un homme à qui il n'était pas bon d'avoir à faire.

Il arriva que Lyting donna un festin à Samstad. Il y avait prié Höskuld, godi de Hvitanes, et les fils de Sigfus. Ils vinrent tous. Il y avait là aussi Gunnar fils de Lambi et Lambi fils de Sigurd.

Höskuld, fils de Njal, et sa mère, avaient leur demeure à Holt; quand Höskuld rentrait chez lui, venant de Bergthorshval, comme il faisait souvent, son chemin passait devant le domaine de Samstad.

Höskuld avait un fils qui s'appelait Amundi. Il était né aveugle. Il était, malgré cela, de grande taille, et fort.

Lyting avait deux frères: l'un s'appelait Halstein et l'autre Halgrim. C'étaient les plus malfaisants des hommes; ils étaient toujours avec leur frère Lyting, car personne autre ne pouvait s'entendre avec eux.

Lyting resta dehors une grande partie du jour; de temps en temps il rentrait. Il venait de s'asseoir sur son siège, quand une femme entra et dit: «Vous étiez trop loin pour voir cet insolent, quand il a passé devant le domaine.»--«De quel insolent parles-tu?» dit Lyting. «D'Höskuld fils de Njal, dit-elle, qui vient de passer devant le domaine.»--«Il passe souvent dit Lyting, et cela me fâche assez; je t'en prie, Höskuld mon neveu, viens avec moi, si tu veux venger ton père et tuer Höskuld fils de Njal.»--«Je ne ferai pas cela, ce serait mal remercier Njal, mon père adoptif; et puisse ton festin ne pas te donner de joie.» Il sauta sur ses pieds, quitta la table, fit amener ses chevaux, et partit.

Alors Lyting dit à Grani fils de Gunnar: «Tu étais là quand Thrain fut tué, et tu t'en souviens bien. Et toi aussi, Gunnar fils de Lambi, et toi, Lambi fils de Sigurd. Je veux que vous veniez avec moi ce soir. Nous allons courir sus à Höskuld fils de Njal, et le tuer avant qu'il ne rentre chez lui.»--«Non, dit Grani, je ne veux pas combattre contre les fils de Njal et rompre la paix que de bons et vaillants hommes ont conclue.» Les deux autres dirent la même chose et aussi les fils de Sigfus; et ils prirent tous le parti de s'en aller.

Quand ils furent loin, Lyting dit: «Chacun sait que je n'ai pas eu part au prix du meurtre de mon beau-frère Thrain; je ne pourrai jamais trouver bon que sa mort reste sans vengeance.» Il appela, pour venir avec lui, ses deux frères, et trois serviteurs. Ils allèrent sur le chemin où Höskuld devait passer, et l'attendirent dans un creux, au nord du domaine. Ils restèrent là jusqu'à la moitié du soir.

Et voici qu'Hölskuld arriva, chevauchant. Ils sautèrent tous sur leurs pieds, leurs armes à la main, et se jetèrent sur lui. Höskuld fit si bonne défense que de longtemps ils n'en purent venir à bout. À la fin il blessa Lyting au bras, et tua deux de ses serviteurs, après quoi il tomba lui-même. Ils lui firent seize blessures, mais ils ne lui tranchèrent point la tête. Puis ils s'en allèrent dans les bois, à l'est de la Ranga, et ils s'y tinrent cachés.

Ce même soir, le berger de Hrodny trouva le cadavre d'Höskuld. Il rentra à la maison, et dit à Hrodny le meurtre de son fils. «Était-il bien mort? dit-elle; lui avait-on coupé la tête?»--«Non», dit-il. «Je le saurai si je le vois, dit-elle. Va prendre mon cheval et mon traîneau.» Il fit comme elle avait dit, et ils partirent pour l'endroit où gisait Höskuld. Elle considéra les blessures et dit: «C'est comme je pensais, il n'est pas tout à fait mort: et Njal peut guérir des blessures plus profondes que les siennes.» Ils le prirent, le mirent sur le traîneau, et l'emmenèrent à Bergthorahval. Là, ils le portèrent dans une étable à moutons, et l'assirent contre la muraille. Après quoi ils allèrent frapper à la porte de la maison; un serviteur vint leur ouvrir. Elle passa devant lui, très-vite, et vint tout droit au lit de Njal. Elle demanda si Njal était éveillé. «J'ai dormi jusqu'à présent, dit-il, mais maintenant je suis éveillé; qu'est-ce qui t'amène de si bonne heure?» Hrodny répondit: «Lève-toi de ton lit, et quitte les côtés de ma rivale; sors avec moi, elle aussi, et tes fils.» Ils se levèrent et sortirent. «Prenons nos armes, dit Skarphjedin.» Njal ne répondit rien; ils rentrèrent, et ressortirent armés. Hrodny marche devant eux, et ils arrivent à l'étable à moutons. Elle entre et leur dit d'entrer aussi. Elle lève sa torche et dit: «Voici, Njal, ton fils Höskuld. Il a sur lui nombre de blessures et il a grand besoin que tu le guérisses.»--«Je vois, répondit Njal, les marques de la mort sur son visage, et nul signe de vie. Pourquoi ne lui as-tu pas rendu les derniers devoirs? Ses narines sont ouvertes.»--«Je voulais que Skarphjedin le fît» dit-elle. Skarphjedin s'approcha d'Höskuld, et lui ferma les yeux. Puis il dit à son père: «Sais-tu qui l'a tué?»--Njal répondit: «C'est Lyting de Samstad, et ses frères, qui ont fait cela.» Alors Hrodny prit la parole: «Je mets entre tes mains, Skarphjedin, dit-elle, la vengeance de ton frère. Je compte que tu feras bien les choses, quoiqu'il ne soit pas né en légitime mariage, et que tu ne perdras pas de temps.»--«Vous êtes d'étranges gens, dit Bergthora; vous tuez des hommes pour des choses qui vous importent peu, et dans un cas pareil vous ruminez et digérez ce que vous avez à faire jusqu'à ce que rien n'en sorte: voici qu'Höskuld, godi de Hvitanes va venir vous offrir la paix, et il faudra bien l'accepter. C'est maintenant qu'il faut agir, si vous voulez.»--«Notre mère nous presse, et elle a raison» dit Skarphjedin. Et ils sortirent tous, en courant. Hrodny rentra dans la maison avec Njal, et elle y passa la nuit.