Le roi, conduit par sa bague, s'étant arrêté dans une forêt, les vit passer comme un trait qu'on décoche; il n'en fut pas aperçu, mais, voulant les suivre, elles disparurent absolument à ses yeux.
Malgré les continuelles peines de la reine, sa beauté ne s'était point altérée: elle lui parut plus belle que jamais. Tous ses feux se rallumèrent; et ne doutant pas que la jeune princesse qui était avec elle ne fût sa chère Moufette, il résolut de périr mille fois plutôt que d'abandonner le dessein de les ravoir.
L'officieuse bague le conduisit dans l'obscur séjour où était la reine depuis tant d'années; il n'était pas médiocrement surpris de descendre jusqu'au fond de la terre, mais tout ce qu'il y vit l'étonna bien davantage. La fée Lionne, qui n'ignorait rien, savait le jour et l'heure qu'il devait arriver: que n'aurait-elle pas fait pour que le destin, d'intelligence avec elle, en eût ordonné autrement! Mais elle résolut au moins de combattre son pouvoir de tout le sien.
Elle bâtit, au milieu du lac de vif-argent, un palais de cristal qui voguait comme l'onde, elle y renferma la pauvre reine et sa fille; ensuite elle harangua tous les monstres qui étaient amoureux de Moufette:
--Vous perdrez cette belle princesse, leur dit-elle, si vous ne vous intéressez avec moi à la défendre contre un chevalier qui vient pour l'enlever.
Les monstres promirent de ne rien négliger de ce qu'ils pouvaient faire; ils entourèrent le palais de cristal, les plus légers se placèrent sur le toit et sur les murs, les autres aux portes, et le reste dans le lac.
Le roi, conseillé par sa fidèle bague, fut d'abord à la caverne de la fée; elle l'attendait sous sa figure de lionne. Dès qu'il parut, elle se jeta sur lui; il mit l'épée à la main avec une valeur qu'elle n'avait point prévue; et comme elle allongeait une de ses pattes pour le terrasser, il la lui coupa à la jointure: c'était justement au coude. Elle poussa un grand cri et tomba: il s'approcha d'elle, il lui mit le genou sur la gorge; il jura par sa foi qu'il l'allait tuer, et, malgré son invulnérable furie, elle ne laissa pas d'avoir peur.
--Que me veux-tu, lui dit-elle, que me demandes-tu?
--Je veux te punir, répliqua-t-il fièrement, d'avoir enlevé ma femme, et je veux t'obliger à me la rendre ou je t'étranglerai tout à l'heure.
--Jette les yeux sur ce lac, dit-elle, vois si elle est en mon pouvoir?