Ah! qu'il faut aimer le bien,
Pour, de roi, n'être plus rien!
J'enverrais tout paître,
O gué!
J'enverrais tout paître!
Ces neuf couplets, qui n'ont rien que de naturel, et qui ne sont que la parodie des pamphlets qu'on publia au commencement du règne de Louis XVI, paraissent, depuis la révolution, tellement miraculeux aux esprits qui cherchent partout des prodiges, que le révérend père abbé Fiard s'écrie à ce propos: «Nous dirons, sans craindre de nous tromper, que cette prophétie, malheureusement trop véridique, vient de l'esprit infernal, qu'elle est sortie de l'enfer, ou (ce qui est la même chose) d'hommes qui avaient communication avec l'enfer; et nous donnons cette prédiction (que sûrement on ne contestera pas) pour un fait du Diable ou des démonolâtres existans alors dans le royaume.
»A cette époque de 1778 (qu'on veuille bien y remonter), la France était tranquille au-dedans; un roi bienfaisant avait assuré la stabilité de ces corps antiques de magistrats, que sous le règne précédent on avait violemment attaquée. Les rangs étaient subordonnés. Des gradations marquées différenciaient les conditions. Le clergé et la noblesse jouissaient de leurs droits. Le Français aurait frémi, à la seule pensée qu'il verrait dans le sein de sa patrie, et par les mains de ses compatriotes, briser les autels, détruire la religion, annuler des sacremens, dont l'un, depuis Clovis, depuis quatorze siècles, lui imprime le divin caractère de chrétien, le discerne du Turc, du Juif; et l'autre appelle sur son union avec une épouse les bénédictions du ciel.
»Mais les démoniaques prophètes sont autour de Louis XVI; ils habitent ses palais, ils vivent de ses bienfaits. Bien assurés de leurs coups, bien sûrs de l'infernale puissance qu'ils ont sur l'esprit humain, et de la damnable science qu'ils possèdent de l'ensorceler, quand Dieu le permet, ils annoncent, en toutes lettres, que Louis XVI, que notre maître (c'est ainsi qu'ils le nomment) voudra ne plus être roi, etc.
»Nous le répétons, nous soutenons hardiment que cette divination stupéfiante, faite contre toute vraisemblance, contre toute probabilité, et antérieure à l'événement de plus de douze ans, est sortie de l'enfer, qu'elle n'a pu sortir que de l'enfer… Elle est d'une engeance d'hommes et de femmes exécrables, en commerce avec les démons, avec des esprits habitans un autre monde, ou des âmes séparées des corps. C'est là cet art détestable de la nécromancie, art connu dès les premiers siècles, et qui a été exercé, mais proscrit chez toutes les nations. C'est par cet art que Charles VI fut ensorcelé par Valentine de Milan; Henri II, par Diane de Poitiers; l'épouse de Louis XIII, par la maréchale d'Ancre; le régent, par le cardinal Dubois; et Louis XVI, par les démonolâtres du dix-huitième siècle. La révolution pareillement a été combinée dans les antres infernaux; et, qui pis est, elle en est sortie…, etc.[301]»
[301] La France trompée par les magiciens du 18e siècle. Lettres sur la Magie, etc.