—Au moins, donnez-moi quelque argent qui me nourrisse pendant mon travail.

—Je n'ai jamais eu le sou, parce qu'il n'y en a point dans mes terres; et que je n'en ai pas besoin.

—Et tous les gens que vous avez enrichis?

—La niaiserie que tu dis là (sauf le respect que je te dois), ne fait pas honneur à ton bon sens. Tous les visionnaires qui se sont dits magiciens étaient plus gueux que Job dans sa misère.

—Jésus! vous savez la Bible!…

—Je sais bien autre chose; la plupart des grands hommes, tant anciens que modernes, sont venus faire un petit tour dans mon royaume, en sortant de ce monde; et ils m'ont fait l'amitié de me réciter leurs ouvrages, de me raconter leur histoire…

—Eh bien! faisons pacte ensemble; si vous ne pouvez pas m'enrichir, vous m'instruirez au moins par de bonnes leçons.

—Tu demandes toujours la chose impossible. Je ne puis pas faire alliance avec des êtres d'une nature autre que la mienne, avec un homme que je ne suis pas sûr de revoir…

—Quoi donc! n'en avez-vous pas contracté autrefois avec des milliers de mortels?…

—Jamais; autrefois on était plus sot qu'à présent, et les âmes simples du temps passé croyaient tout ce que le premier fripon leur donnait à croire. Enfin, je te l'ai déjà dit, je ne viens qu'une fois par an sur la terre, et je n'ai pas le droit de me montrer deux années de suite dans le même pays. Je ne te reverrai que dans quarante ans, si tu n'es pas mort; à moins que tu ne viennes me chercher dans le pays des Talapoins, où j'irai l'année prochaine.