—En ce cas, donnez-moi donc des livres, nombreux et bien choisis. Je me contenterai de ce petit miracle, si vous voulez bien le faire en ma faveur.

—Je n'ai pas de livres, et je ne sais pas faire de miracles.

—Mais les hommes en font bien!

—Dis plutôt qu'ils se vantent d'en faire; et rappelle-toi cette phrase d'un philosophe qui, pour avoir déraisonné quelquefois en parlant de Dieu et de l'âme, n'en a pas moins dit bien souvent de grandes et belles choses:—Je ne crois pas aux témoins oculaires, quand ils prétendent avoir vu des choses absurdes. C'est de pareils sentimens qu'il faut te pénétrer, pour défendre ma cause.

—Ah! vous citez Voltaire… Cet homme-là vous aurait-il perverti?… Moi, je vous répondrai, avec l'abbé Fiard, que si l'on prenait cet apophthegme de Voltaire pour règle de sa conduite, il mènerait directement à nier toute espèce de prodige…

—C'est aussi ce que fait le sage, et ce que ne faisait pas ton abbé Fiard. Le créateur de tous les mondes a donné à la nature un cours constant et invariable. Tout ce que tu vois sur la terre est un miracle continuel; et il n'en faut point d'autres. Dieu ne met point sa puissance infinie aux ordres d'un insensé; et la sagesse éternelle ne se plie point aux bizarres et vains caprices d'un charlatan ou d'un fou… Mais voici bientôt l'aurore. Hâte-toi de me dire si je puis compter sur tes bons offices…

—La tâche est difficile…

—Elle est neuve…

—Je le sais… et le public aura peut-être quelque indulgence…

—Assurément. En ce cas, je compte sur toi.