[23] Evang. sec. Joann. Cap. VIII, vers. 44.

Dieu avait créé neuf chœurs d'anges: les séraphins, les chérubins, les trônes, les dominations, les principautés, les vertus des cieux, les puissances, les archanges, et les anges proprement dits. Du moins c'est ainsi que l'ont décidé les saints pères, il y a bien douze cents ans.

Toute cette milice céleste était pure, et non portée au mal. Cependant quelques-uns se laissèrent tenter par l'esprit d'orgueil[24]; ils osèrent se croire aussi grands que leur créateur, et entraînèrent dans leur crime les deux tiers de l'armée des anges[25]. Satan, le premier des séraphins, et le plus grand de tous les êtres créés[26], s'était mis à la tête des rebelles. Depuis long-temps[27] il jouissait dans le ciel d'une gloire inaltérable, et ne reconnaissait d'autre maître que l'Éternel. Une folle ambition causa sa perte: il voulut régner sur la moitié du ciel, et siéger sur un trône aussi élevé que celui du créateur. Dieu envoya contre lui l'archange Michel, avec les anges restés dans le devoir. Alors il se donna une grande bataille dans le ciel. Satan fut vaincu et précipité dans l'abîme, avec tous ceux de son parti[28].

[24] Voilà ce qui embarrassait encore les manichéens, et ce qui arrête les chrétiens de bonne foi; Quel était cet esprit d'orgueil? et qui l'avait créé?… On doit croire que Dieu donna à toutes les créatures, douées d'une âme raisonnable, la liberté de bien ou mal faire. Autrement la vertu serait sans mérite. Mais puisque Dieu est juste, et que le libre arbitre existe, on doit rejeter le dogme des tentations.

[25] Cæsarius d'Heisterbach dit qu'il n'y eut de rebelles, parmi les anges, que dans la proportion d'un sur dix; et que leur nombre était néanmoins si grand, qu'ils remplirent dans leur chute tout le vide de l'air. (De Dæmonibus, cap. 1.) On a suivi le calcul de Milton et des démonomanes, qui doivent s'y connaître.

[26] Quique creaturæ præfulsit in ordine primus…

Alc. Aviti, poem. lib. II.

[27] Angelus hic dudùm fuerat… Idem.

[28] Apocalypse. Chap. V, vers. 7 et 9. Il est bon de remarquer que l'Écriture ne fait point connaître la faute des démons, et que les casuistes ont eu l'adresse de la deviner.

De ce moment, la beauté des séditieux s'évanouit; leurs traits s'obscurcirent et se ridèrent; leurs fronts se chargèrent de cornes; une queue sortit de leur croupe; leurs doigts s'armèrent de griffes[29]. La difformité et la tristesse remplacèrent sur leurs visages les grâces et l'empreinte du bonheur. Enfin, comme disent les théologiens de bon sens, leurs ailes d'azur devinrent des ailes de chauve-souris. Car tout esprit, bon ou mauvais, est nécessairement ailé[30].