Les démons s'éloignèrent alors; et ils reparurent au bout d'un instant, sous des figures de jeunes filles extrêmement belles. Ils firent dans ce déguisement une espèce d'entrée de ballet; ils formèrent des danses gracieuses, et cherchèrent à attirer les jeunes gens, par des postures séduisantes et lascives.

Une de ces jeunes filles, la plus belle de toutes, remarqua parmi les écoliers le plus aimable, et s'avança vers lui, en dansant avec une légèreté merveilleuse. Quand elle fut auprès du cercle, elle lui présenta un anneau de grand prix, et l'engagea, par toutes les séductions imaginables, à prendre de l'amour pour elle. Le jeune homme séduit avança la main hors du cercle, pour prendre l'anneau qu'on lui offrait. La belle fille l'attire aussitôt à elle, lui jette les bras au cou et l'emporte par les airs. Toute la troupe déguisée s'envole en même temps.

Les disciples du nécromancien poussent alors de grands cris. Leur maître arrive. On lui conte ce qui vient de se passer.—Je n'en suis point la cause, dit-il; vous avez voulu voir les démons; je vous avais prévenu du péril… Votre camarade ne sortira pas de leurs mains.

Il est probable que la vue du Diable, et la connaissance qu'ils venaient d'avoir de son pouvoir immense, ne rendirent pas ces jeunes gens meilleurs chrétiens; car ils répondirent à leur maître:—Arrangez-vous comme vous voudrez; mais si vous ne nous rendez pas notre camarade, nous allons vous tuer…

Le nécromancien aurait pu faire étrangler par le Diable ces élèves impudens, qui osaient le menacer de la mort; mais une peur trop subite dérange souvent les idées. Il trembla donc pour sa vie, et considérant que les Normands sont gens de mauvaise tête, il répliqua:—Attendez au moins quelques instans; je vais travailler à ranimer le défunt.

Aussitôt donc, il évoqua le prince des démons, lui représenta qu'il l'avait toujours bien servi, et le pria de rendre aux écoliers irrités le camarade dont ils voulaient venger la perte. Le chef des diables, touché de compassion, répondit:—Demain, j'assemblerai pour cela un concile[197] où tu assisteras, et je tâcherai de te satisfaire.

[197] Le latin porte concilium

Le lendemain, le chef des démons réunit les plus habiles gens de ses états, et demanda pourquoi on avait enlevé l'écolier que réclamait le professeur de nécromancie? Un démon répliqua:—Seigneur, en emportant ce jeune homme, je n'ai fait ni injustice, ni violence. Il a désobéi à son maître, en dépassant le cercle où il était en sûreté…

Après qu'on eut disputé quelque temps sur cette question, le prince de l'enfer dit à un autre démon, qui siégeait près de lui:—Olivier, vous êtes plus versé que nous dans la jurisprudence; et vous rendez la justice, sans avoir égard aux personnes; prononcez donc sur cette cause importante[198].

[198] Olivere, semper curialis fuisti; contrà justitiam personam non accipis; solve quæstionem hujus litis, etc.