[220] Portentosum ingenium, Paul Jove, dans ses Éloges. Inter clarissima sui sæculi lumina, Jacques Gohory, question 16. Venerandum Dominum Agrippam, litterarum litteratorumque omnium miraculum, et amorem bonorum, Ludwigius, Démonomagie, page 209; cités par G. Naudé, Apologie, chap. 15.

—Le fameux Cardan, à qui l'on accorde une vaste érudition, un esprit subtil, et même du génie, avait un démon familier; et il avoue lui-même, dans ses ouvrages[221], qu'il devait tous ses talens et ses plus heureuses idées à son démon. Or, si Cardan était quelquefois plus simple qu'un enfant, comme dit l'historien De Thou, souvent aussi il paraissait au-dessus de l'homme[222]. Tous nos anciens ne l'ont jugé qu'avec une admiration semblable; et, en faisant l'éloge de Cardan, ils ont fait la part de son démon familier.

[221] Dans le dialogue intitulé Tétim, et dans le traité de Libris propriis, Cardan confesse que son démon familier tient de la nature de Vénus, de celle de Saturne et de celle de Mercure, astrologiquement parlant.

[222] Thuani histor., lib. II.

—Jules César Scaliger, si célèbre par l'immense étendue de sa science, par l'originalité de son génie, par sa supériorité au-dessus des hommes de son siècle, avait également un démon familier, à qui il devait ses plus belles inspirations. Il lui rend lui-même cette justice, dans son Art poétique, livre III, chapitre 26.

—L'abbé Fiard, qui se déchaîne si vertement contre le Diable, lui fait bien souvent plus d'honneur qu'il ne pense. Ce Mesmer, qui opéra, dans le dernier siècle, tant de guérisons surprenantes par le magnétisme, ou plutôt par l'empire qu'il sut prendre sur les imaginations, ce Mesmer qui ne fit que du bien, est mis, par l'abbé Fiard et par quelques autres théologiens de la même force, au nombre des suppôts de Satan. Quel que soit ce Diable, à qui Mesmer dut le bonheur d'être utile à l'humanité, nous ne lui devons que de la reconnaissance.

—Cagliostro est rangé pareillement dans le nombre des favoris de l'enfer, non pour ses fourberies et ses intrigues, mais pour les cures miraculeuses qu'il opéra à Strasbourg, et pour le peu de bienfaits qu'il eut l'adresse de répandre dans ses voyages; bienfaits et miracles, qui ne pouvaient être que l'ouvrage du Diable, comme le prouve judicieusement l'abbé Fiard[223].

[223] Voyez la France trompée par les magiciens et démonolâtres du 18e siècle.

—Quelques démonomanes ont voulu mettre aussi le philosophe Averroès au nombre des magiciens, et lui donner un démon familier. La complaisance de ces messieurs fait honneur au Diable[224]. Mais malheureusement pour le respect que nous devons à leur autorité, Averroès était un épicurien, qui, quoique mahométan pour la forme, ne tenait dans le cœur à aucune religion révélée, et ne croyait pas à l'existence des démons[225].

[224] Averroès, médecin arabe, et le plus grand philosophe de sa nation, naquit à Cordoue, dans le douzième siècle. Il s'acquit une si grande réputation de justice, de vertu et de sagesse, que le roi de Maroc le fit juge de toute la Mauritanie. Il traduisit Aristote en arabe, et composa plusieurs ouvrages sur la philosophie et sur la médecine.