—Numa Pompilius, successeur de Romulus, fut également enfant du Diable, selon quelques-uns, et grand magicien selon tous les démonomanes. Comme il est naturel à chacun d'aimer les gens de son pays, Numa entretint toute sa vie un commerce amoureux avec un démon femelle, que les anciens nomment Égérie. Denys d'Halicarnasse, qui s'entendait assez bien à recueillir les découvertes des bonnes femmes, dit que Numa évoquait habilement les Diables. Ce qui est probable, vu qu'il était de la famille.
—Tanaquil, femme de Tarquin-l'Ancien, avait une belle esclave, qui se nommait Ocrisia. Vulcain en devint amoureux, selon les anciens, et l'engrossa. Elle accoucha d'un fils, qui se nomma Servius Tullius, et qui fut roi des Romains. Le Loyer, et d'autres écrivains aussi judicieux, prétendent théologiquement que l'amant d'Ocrisia venait de l'enfer, et que Servius était fils du Diable. Les cabalistes soutiennent, de leur côté, que ce prince fut fils d'un salamandre; et les incrédules de notre malheureux siècle diront sans doute qu'il était fils d'un homme. Quant à moi, je penche pour le Diable, par égard pour la vertu d'Ocrisia.
—L'empereur Auguste était aussi enfant du Diable. Delancre assure même, en homme qui aurait vu la chose, ou qui la tient de bonne part, que le démon, avec qui la mère d'Auguste fabriqua un grand homme, imprima de sa griffe un petit serpent sur le ventre de cette dame, pour sceller son œuvre, et empêcher tout autre d'y mettre la main, avant la naissance de l'enfant.
—On dit encore que Simon-le-Magicien, le premier des hérétiques, et le plus habile homme à voler sans ailes en plein air, était enfant du Diable. Comme il n'y a là-dessus aucune autorité admissible, nous n'en dirons rien.
—Luther était fils de Satan par la génération, comme dit Georges l'apôtre, et tous ses sectateurs sont enfans du Diable par adoption; ce qu'il faut bien distinguer. En attendant que les réformés veuillent accepter ce père adoptif, à la mort de Luther une troupe de démons en deuil vint chercher le fils du roi de l'enfer, habillés en corbeaux et en oiseaux noirs. Ils assistèrent invisiblement aux funérailles, et Thyræus ajoute qu'ils emportèrent ensuite le défunt loin de ce monde, où il ne devait que passer.
—Le grand prophète Merlin, qui prédit avec tant de sagacité, comme on l'a su depuis, les orageuses destinées de l'Angleterre, et qui eut l'avantage de prophétiser le lendemain de sa naissance, était fils d'une religieuse et d'un démon incube. Merlin fit danser des montagnes, servit les amours d'Uterpen Dragon, et opéra une foule de merveilles. Galfridus et quelques autres disent qu'il fut emporté par le Diable, quand il n'eut plus que faire ici-bas.
—Apollonius de Thyane, qui ressuscitait les morts et qui comprenait le chant des oiseaux, était pareillement fils du Diable. Il délivrait les possédés, d'autant plus facilement qu'il était parent des possesseurs, et qu'il n'avait qu'à parler. Il fut enlevé par son père, quand il eut fait son temps en ce monde.
—Les comtes de Clèves descendaient du Diable, en ligne directe, du côté paternel. La maison de Lusignan descend aussi de la fameuse Mélusine[238], que les théologiens reconnaissent pour un démon femelle.—On voit, par cette nomenclature, que les œuvres amoureuses du Diable ne sont pas si mauvaises.
[238] Voyez son histoire dans le Dictionnaire infernal. M. St-Albin a rapporté, dans ses Contes noirs, les Croyances des bonnes femmes du Poitou sur cette fée, ou Nymphe, ou Démon femelle, ou Sylphide, etc.
Boguet et d'autres démonomanes, grandement sensés, disent encore que les enfans du Diable sont difficiles à nourrir, et ne vivent que sept ans. Les exemples que nous venons de rapporter démentent assez cette ridicule opinion, pour qu'il ne soit pas besoin de la combattre.