—Un pieux personnage, nommé Victorin, qui devint par la suite évêque de Pettaw, dans le duché de Stirie[234], s'étant retiré dans le désert, y fut visité par une belle dame. Malheureusement cette dame était d'une grande lubricité. Elle s'insinua avec tant d'adresse dans le cœur de Victorin, qu'elle s'en fit aimer, et que le solitaire succomba à la tentation. Après que la faute fut commise, Victorin fit un retour sur lui-même, et accabla sa complice des plus amers reproches. Celle-ci se retira dès lors, et alla chercher ailleurs des amans d'une conscience moins timorée.

[234] C'est du moins ce que dit S. Jérôme; Mathieu Tympius prétend qu'il fut évêque d'Amiterne, près d'Aquila.

En réfléchissant aux séductions qui avaient précédé sa chute, Victorin reconnut bien vite qu'il n'avait pas eu affaire avec une femme, et qu'il venait de pécher avec le Diable… C'est pourquoi, désespéré d'avoir commis le péché de fornication avec un démon déguisé, il lia fortement ses deux mains ensemble, se décida à brouter l'herbe, et à ne boire que de l'eau de fontaine. Il vécut pendant trois ans dans ces austérités; après quoi, il fut élevé à l'épiscopat, et souffrit le martyre sous Nerva le persécuteur[235].

[235] Mathæi Tympii præmia virtut. Christian. pænitentiæ, 27 post Eusebii, lib. III, cap. 22.

—Nicolas Remi raconte l'histoire d'un paysan qui caressa une diablesse, laquelle diablesse tua le fils de son amant. Hector de Boëce fait l'histoire d'une jeune Écossaise, qui accoucha d'un monstre épouvantable, grosse qu'elle était du fait du Diable. Delancre parle de plusieurs démons, qui furent assez impolis pour tuer leurs bien-aimées, en leur contant des fleurettes à coups de poing. Cæsarius d'Heisterbach dit aussi la même chose dans plusieurs endroits, et il assure dans son IIIe livre des Miracles illustres, qu'une jeune fille, engrossée par le Diable, enfanta bon nombre de petits vers, non par la voie naturelle, mais par la bouche, et par la partie destinée aux déjections excrémentales.

On sent bien que tous ces contes ne méritent pas la moindre confiance. Les démons, quoique déchus, sont toujours des anges, qui n'ont point assez de bassesse pour faire de vilaines choses. On doit donc rejeter comme apocryphes toutes ces fables de monstres, dont on attribue à Satan la honteuse paternité. On doit refuser de croire aussi à ces chroniques qui nous disent que le Diable étrangle les femmes dont il abuse, et qu'il les caresse quelquefois sous des figures de chat, de bouc, d'ours, d'âne, d'oie, de chien, de serpent, de lévrier, etc. Quant aux histoires suivantes, c'est autre chose; et on peut les croire, pour peu qu'on ait de foi à occuper.

—Le fameux Zoroastre, prince et législateur des Bactriens, et fondateur d'une des plus anciennes religions, était fils du Diable et de la femme de Noé. Suidas prétend qu'il fut tué par la foudre; et ceux qui le confondent avec Cham, disent qu'il fut emporté par son père, après avoir vécu douze cents ans en grande réputation de sagesse. Il est vrai qu'il avait eu le temps de l'acquérir pendant une si longue vie.

—Celui qui éleva la ville de Rome, le fameux Romulus, était enfant du Diable, selon la plupart des démonomanes. Après qu'il eut bien établi son empire, un jour qu'il faisait la revue de son armée, il fut enlevé dans un tourbillon, à la vue de la multitude[236]; et Bodin observe que le Diable, à qui il devait le jour, l'emportait dans un autre royaume[237].

[236] Denys d'Halicarnasse, Tite-Live, Plutarque, in Romulo, etc.

[237] Bodin, Démonomanie, liv. III, chap. 1er, et dans la préface.