Diripisti, Domine, vincula mea: tibi sacrificabo hostiam laudis, et nomen Domini invocabo. (Psalm. 115).

Periit fuga à me; et non est qui requirat animam meam. (Psalm. 141).

Clamavi ad te, Domine; dixi: Tu es spes mea, portio mea in terra viventium. (Psalm. 141).

Comme on ne veut point élever ici de cas de conscience, et que bien certainement plusieurs personnes seront tentées de gagner le ciel par la recette du Diable, on ajoutera que, malgré l'autorité des légendaires, ces sortes de prières ont été condamnées, et ceux qui en font usage excommuniés par plusieurs conciles[252]

[252] Les personnes qui liront cet ouvrage le mettront peut-être dans le nombre des compilations, dont on accable maintenant le public; et bien des gens penseront que, pour faire ce livre, il n'a fallu que chercher, traduire et rassembler un certain nombre d'anecdotes choisies. Outre que les contes, recueillis dans ce volume, sont disséminés rarement dans les auteurs ecclésiastiques, parce que les théologiens ont mis un soin extrême à toujours mal parler du Diable, outre qu'on a été forcé de lire une multitude de livres insipides; plusieurs anecdotes, comme celle qu'on vient de voir, ont coûté plus de peine à l'auteur que la composition de cent pages imaginées. Il a fallu pour celle-ci consulter Érasme, et plusieurs légendes, afin d'avoir le trait entier. Après cela, on a été obligé de chercher ailleurs les versets du Diable, qui sont la partie piquante de l'anecdote, et que les légendaires, ni leurs copistes ne rapportent point. On a trouvé ces huit versets, dans un recueil d'oraisons latines, imprimé par Plantin. Mais les versets étaient enchaînés l'un à l'autre, sans indication. Il a donc fallu encore parcourir le psautier d'un bout à l'autre, pour pouvoir indiquer le psaume de chaque verset, et s'assurer qu'on ne trompait point la confiance du lecteur. L'auteur n'a point fait cette note pour donner du prix à son ouvrage, mais pour se consoler un peu d'un travail extrêmement pénible.

CHAPITRE XXIII.
LE MAGICIEN AMOUREUX.—CONTE NOIR.

Nihil istac opus est arte ad hanc rem…

Fide et taciturnitate…

Térence.

Ne cherchez dans ceci ni sens, ni concordance,

Lecteur, admirez tout, et croyez en silence.

Il y avait à Antioche, dans le troisième siècle, une jeune vierge, nommée Justine, qui était fille d'un prêtre des faux dieux. Dans la maison voisine demeurait un diacre de l'église, qui forma le pieux dessein de convertir Justine. Tous les soirs donc le diacre et la jeune fille se mettaient à leur fenêtre; et là, à force d'entendre la lecture du saint Évangile, Justine se décida à embrasser le christianisme.

Sa mère, l'ayant appris, courut au lit de son époux, lui annonça le changement qui s'opérait dans leur fille, et se coucha avec lui pour délibérer sur ce qu'il y avait à faire. Pendant que le prêtre des idoles dormait paisiblement avec sa femme, un crucifix leur apparut, environné de plusieurs anges, et leur dit:—Venez à moi, je vous donnerai le royaume des cieux… Les époux, s'éveillant alors, reçurent le baptême aussi-bien que leur fille.

Cependant Justine était molestée depuis quelque temps par un certain Cyprien, magicien insigne, qu'il est important de faire connaître. Ce jeune homme avait été consacré au Diable, dans sa septième année, par ses parens qui étaient idolâtres; il avait été élevé dans la connaissance intime des secrets de la magie, et il opérait une foule de prodiges par les forces toutes-puissantes de cet art infernal. On l'avait vu plusieurs fois changer les dames en jumens, et faire une foule de miracles pareils, par ses charmes et ses prestiges.