Saint Bernard, séduit par les heureux effets que promettait cette recette, fut curieux de connaître les sept versets sanctifians. Le Diable, qu'on accuse de chercher sans relâche à damner les hommes, voulait pourtant bien sauver saint Bernard; mais il exigeait un petit salaire; et, comme l'homme de Dieu prétendait ne rien donner, le Diable s'obstinait à garder sa recette. Malheureusement Bernard en savait plus long que lui.—Je t'attraperai bien, lui dit-il; car je réciterai tous les jours le psautier, et par conséquent tes sept versets… Le Diable, admirant la finesse de saint Bernard, lui révéla alors son secret, pour lui éviter l'ennui de réciter les cent cinquante psaumes tous les jours de sa vie[250].—
[250] Érasme, Éloge de la folie (après quelques légendes apocryphes; comme elles le sont toutes). Folies des dévots.—Dans une édition hollandaise de la folie d'Érasme, on admire une caricature d'Holben, sur cette entrevue de S. Bernard avec le Diable. Le saint est vêtu en moine; son air est assuré; il tient le livre des psaumes. Le Diable a de longues cornes torses, des yeux ronds, un bec d'aigle, un corps composé de plusieurs parties incohérentes, moitié oiseau, moitié animal, une queue retroussée, des jambes d'autruche, avec le pied fourchu; ses bras sont grêles et armés de longues griffes; il indique avec ses ergots les endroits du psautier, qui mènent en paradis; en général, il a la mine importante d'un maître d'école, et tout l'air d'un bon homme.
On rapportera ces versets, pour ceux qui seraient curieux d'en profiter. Ils sont ici au nombre de huit, parce que saint Bernard a voulu ajouter le sien à ceux du Diable; mais, en ces sortes de choses, un petit supplément ne gâte rien.
Octo Versus Sancti Bernardi[251].
[251] Dicti aliquoties, sed ignarè, versus sancti Bernardini.
Illumina oculos meos, ne unquam obdormiam in morte; ne quandò dicat inimicus meus: prævalui adversùs eum. (Psalm. 12).
In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum: redemisti me, Domine Deus veritatis. (Psalm. 50).
Locutus sum in linguâ meâ: notum fac mihi, Domine, finem meum. (Psalm. 38).
Et numerum dierum meorum quis est? Ut sciam quid desit mihi. (Psalm. 38).
Fac mecum signum in bonum, ut videant qui oderunt me et confundantur; quoniam tu, Domine, adjuvisti me, et consolatus es me. (Psalm. 85).