[255] Sed cùm Justina nullatenùs consentiret; et ex hoc mortem eidem omnes minarentur, septimo anno mortalitatis, ipsa pro eis oravit, et omnem pestilentiam propulsavit, etc.
Le Diable, voyant qu'il ne gagnait rien, et qu'il ne pouvait séduire Justine, résolut de ternir au moins sa réputation. Il prit donc la figure de cette fille, et se présenta à Cyprien, avec des regards amoureux. Le magicien, persuadé qu'il voyait celle qu'il aimait, s'écria:—Soyez la bien venue, charmante Justine… Mais à ce nom, le Diable, comme s'il eût été frappé de la foudre, s'évanouit en fumée.
Cyprien stupéfait ne perdit pas pour cela son amour. Il se déguisa tantôt en jeune fille, tantôt en petit oiseau, et alla faire sa cour lui-même pendant plusieurs jours; mais il ne fut pas plus heureux que le Diable. Cette faiblesse de la puissance infernale contre les chrétiens l'étonna; il renonça à la magie et au commerce de l'enfer. Il embrassa le christianisme, et mena une conduite si exemplaire, qu'il devint par la suite évêque d'Antioche. L'amour qu'il avait eu pour Justine se changea en estime et en amitié pures. Il établit un couvent de filles, dont Justine fut abbesse; et il put dès lors la voir sans crime[256].
[256] Legenda, opus aureum, Jacobi de Voragine, editio Claudii à Rotâ. Rothomagi, 1544, legenda 137.
CHAPITRE XXIV.
CONTRE CEUX QUI NE VEULENT PAS CROIRE AUX DIABLES.—HISTOIRE ÉDIFIANTE[257].
Non laudandus est qui plus credit…
Qui audiunt, audita dicunt…
Plaute.
Le Diable existe.—Soit.—Il a daigné paraître.
—Qui l'a pu voir?—Un moine, une vieille, un bon prêtre,
Un vieux gars, un pécheur, dont j'ai perdu le nom.
—A ces autorités faut-il nous rendre?… Non.
[257] Ex Cæsarii Heisterb. de Dæmonib., cap. 2.
Un soldat allemand, nommé Henri, ne voulait pas croire qu'il y eût des démons, et traitait de contes frivoles toutes les aventures infernales qu'on lui donnait pour de véritables histoires. Mais on le prêcha tant là-dessus, qu'il s'éleva des doutes dans son esprit; il alla trouver un grand clerc, nommé Philippe, qui passait pour un habile nécromancien, et le pria de lui faire voir le Diable.
Philippe lui répondit que les démons étaient horribles à voir, qu'on ne les approchait pas sans danger, et qu'il était rare et difficile de se tirer d'avec eux les bragues nettes. Le soldat ne se rebuta point, et fit de nouvelles instances; c'est pourquoi le nécromancien prit jour avec lui, pour obliger le Diable à paraître.
Un jour donc, vers l'heure de midi, Philippe conduisit le soldat à un carrefour éloigné. Là, il traça un cercle sur la terre, y fit entrer son homme, et lui dit:—Si vous mettez le pied hors de ce cercle, avant mon retour, vous mourrez, parce que le Diable aura le droit de vous emporter. Ayez soin aussi de ne lui rien donner de ce qu'il vous demandera, de ne lui rien promettre, et de ne prendre aucun engagement. Au reste, ne vous effrayez point de tout ce que vous allez voir; car le Diable n'a aucun pouvoir sur vous, si vous suivez mes ordonnances.