En disant ces mots, le nécromancien Philippe s'éloigna; et le soldat Henri resta dans le cercle, seul, et assis par terre, pour ne pas tomber, quand la frayeur viendrait. Un moment après, il se vit entouré de torrens et de fleuves débordés, qui inondèrent la campagne, mais qui s'arrêtèrent au bord du cercle magique, et se retirèrent immédiatement. Ensuite, Henri entendit les grognemens d'une multitude de pourceaux, les sifflemens de tous les vents déchaînés, les éclats de la foudre, et plusieurs autres bruits prodigieux, entremêlés d'apparitions de fantômes et de spectres, que l'enfer envoyait au soldat curieux pour l'épouvanter. Mais un bon averti en vaut deux; Henri ne s'effraya point, et considéra avidement tout ce qui se passait sous ses yeux.
A la suite des phénomènes préliminaires, il aperçut, dans un bois voisin, un horrible fantôme, beaucoup plus haut que les plus grands arbres, qui venait au carrefour à pas de géant. Comme il était nègre, et vêtu d'un habit noir, le soldat reconnut aisément le Diable en personne, et se prépara à soutenir son aspect. Dès qu'il fut devant le cercle, le Diable demanda à Henri ce qu'il voulait.
HENRI.
Je souhaitais de te voir, et tu fais bien de te montrer.
LE DIABLE.
Eh! pourquoi voulais-tu me voir?
HENRI.
Parce que j'ai souvent entendu parler de toi.
LE DIABLE.
Que t'en a-t-on dit?