--Comment! ne sont-ce pas eux qui passent?
--Non, ce sont les archers de l'avant-garde, qui sont deux mille, et il y en a autant à l'arrière-garde.»
Le roi d'Aragon dit: «Comment cela? Mais va-t-il donc à la guerre contre quelque prince, qu'il mène tant de gens d'armes?
--Non, dit le page, c'est son train ordinaire.
--Je crois que ces gens-là sortent par une porte et rentrent par l'autre, dit le roi anglais.
--Ce serait fait finement,» dit le roi de Portugal.
XXXV
Comment le maître d'hôtel de Jean de Paris entra avec
les cent pages d'honneur.
Après que les archers furent passés, il arriva un bel homme qui était vêtu de drap d'or, un bâton à la main, sur une haquenée. Après lui venaient les cent pages d'honneur de Jean de Paris, vêtus de cramoisi; leur pourpoint de satin était brodé d'or, et ils étaient richement montés sur des chevaux grisons harnachés de velours cramoisi, comme les robes des pages. Ils venaient leur petit train, bien arrangés deux à deux, et il faisait beau les voir, car on les avait choisis soigneusement. Or, la princesse croyait que celui qui était en avant était Jean de Paris, et elle se leva pour le saluer, ainsi que plusieurs barons et plusieurs dames; mais le page s'en aperçut et dit: «Mademoiselle, ne bougez jusqu'à ce que je vous avertisse; celui qui est là n'est que le maître d'hôtel; il est d'office cette semaine, car ils sont quatre qui servent par quartier; et après lui viennent les pages d'honneur, qui voient comment les logis sont préparés.»
Le page montrait ainsi aux rois toute l'ordonnance, et ils disaient qu'il y en avait de quoi subjuguer le monde.